Hausse historique des inscrits à Pôle emploi avec le confinement

PARIS, 27 avril 2020 (AFP) – Reflet du choc violent sur l’économie du confinement, le nombre de chômeurs a enregistré en mars une hausse historique sur un mois (+7,1%), poussant le gouvernement à annoncer une « adaptation rapide » des règles de l’assurance chômage.

En mars, le nombre de demandeurs d’emplois inscrits en catégorie A a progressé de 246.000 pour s’établir à 3,732 millions, effaçant les baisses de janvier et février avant la crise et rejoignant un niveau proche de celui de septembre 2017.

« Il s’agit de la hausse mensuelle la plus forte observée », souligne la Dares, service statistiques du ministère du Travail qui a publié cette note mensuelle – au lieu du seul chiffre trimestriel, en hausse de 0,7% à 3,576 millions – pour mesurer « l’ampleur du choc en cours ».

En comparaison, « la deuxième hausse mensuelle la plus importante, intervenue en mars 2009 durant la crise financière, était de 77.300 », ajoute-t-elle.

La hausse concerne toutes les tranches d’âge mais est plus forte chez les hommes (+8,6%) que les femmes (+5,5%). Elle est notamment portée par ceux qui recherchent un emploi dans le BTP, les services à la personne, le tourisme, le commerce ou le spectacle.

Selon la Dares, l’augmentation est alimentée « pour moitié par des demandeurs d’emploi qui n’étaient pas inscrits à Pôle emploi le mois précédent, ainsi que, pour l’autre moitié, par des demandeurs précédemment en activité réduite (catégories B et C) et qui ont cessé de travailler ».

Au total, l’effectif des catégories A, B, C augmente de 3,1% en mars (+177.500) mais reste stable sur le trimestre à 5,744 millions, et en baisse de 2,9% sur un an.

– Embauches à l’arrêt –

Cette brutale hausse mensuelle est la conséquence d’une « nette augmentation des entrées » à Pôle emploi (+5,5%), conjuguée à une « très forte baisse des sorties » (-29%, soit 168.000 personnes).

« Les entrées pour fins de missions d’intérim et fins de contrats courts sont en hausse, la mise en place du confinement ayant conduit à des non-renouvellements ainsi qu’à de moindres nouvelles embauches de courte durée », explique la Dares.

« La plupart des motifs de sorties se replient, notamment les défauts d’actualisation, qui recouvrent généralement pour partie des reprises d’emploi non déclarées à Pôle emploi, mais aussi les reprises d’emploi déclarées, les entrées en stage ou en formation, ainsi que les radiations », ajoute-t-elle.

S’appuyant sur ces chiffres, le ministère du Travail en conclut dans un communiqué que « le chômage augmente parce que les entreprises, dans le contexte actuel, n’embauchent plus, mais pas parce qu’elles licencient massivement ».

Selon les Urssaf, les déclarations d’embauche ont ainsi diminué d’un quart en mars.

Le ministère voit aussi dans ces données la justification « de la mise en place dès le début de la crise » d’un chômage partiel qui « concerne aujourd’hui 10,8 millions de salariés ».

« Sans ce système protecteur, une partie d’entre eux serait, aujourd’hui, au chômage et le nombre de nouveaux chômeurs se compterait par millions », estime-t-il.

Reconnaissant néanmoins une « hausse historique », le ministère annonce vouloir engager « une réflexion avec les partenaires sociaux » pour « adapter rapidement » les règles d’assurance chômage, sans davantage de précisions.

Les syndicats réclamaient unanimement, dès avant la crise sanitaire et encore plus depuis, que le gouvernement abandonne entièrement sa réforme de l’assurance chômage décidée l’année dernière alors que le chômage reculait trimestre après trimestre et que les entreprises étaient confrontées à des difficultés de recrutement.

Au début de la crise, l’exécutif a suspendu jusqu’en septembre le second volet de la réforme de l’assurance chômage qui durcit le calcul de l’allocation pour les travailleurs précaires, alternant contrats courts et périodes de chômage, et qui devait entrer en vigueur au 1er avril.

En revanche, la règle entrée en vigueur au 1er novembre, qui durcit les conditions d’accès (avoir travaillé six mois sur les 24 derniers mois au lieu de 4 mois sur les 28 derniers mois), est toujours valable.

Le ministère précise que « la prolongation des droits pour les personnes en fin de droits sera également effective pour le mois de mai » et que « cela concerne plusieurs centaines de milliers de personnes, dont les intermittents du spectacle ».

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