Hinkley Point: CGT, CFE-CGC et FO réaffirment leur hostilité au projet « en l’état »

PARIS, 15 septembre 2016 (AFP) – Les syndicats CGT, FO et CFE-CGC d’EDF ont réaffirmé jeudi leur hostilité au projet de construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point (Royaume-Uni) « en l’état », s’interrogeant aussi sur la portée du feu vert donné par Londres, alors que la CFDT s’est félicitée d’une « bonne nouvelle ».

« On attend de voir exactement le contenu de ce feu vert puisqu’il est soumis à des conditions », a déclaré à l’AFP Philippe Page Le Mérour (CGT).

« Qui dit conditions, dit changement (…). Et que signifie ce changement en termes de risques et d’investissements? », s’est-il interrogé, en réaffirmant l' »hostilité » de la CGT, premier syndicat chez l’électricien, au projet « en l’état et au timing ».

Londres a donné jeudi son feu vert au développement de nouveaux réacteurs par EDF et son partenaire chinois CGN en l’assortissant de conditions. L’une porte sur le fait que le groupe français reste majoritaire pendant toute la phase de construction des réacteurs.

Pour Vincent Hernandez, secrétaire général de FO Energie et Mines, « l’incertitude sur le périmètre de l’engagement britannique demeure ». Hors Hinkley Point (sud-ouest de l’Angleterre), « quid des autres, de Bradwell (est de l’Angleterre) qui devait être construit sous leadership chinois? », a-t-il dit à l’AFP.

Un accord conclu en 2015 entre Londres et Pékin prévoyait la construction par EDF de deux autres EPR à Sizewell (est de l’Angleterre) avec un partenaire chinois minoritaire, et par les Chinois d’un réacteur avec leur propre technologie à Bradwell.

« Les problèmes demeurent, a poursuivi le responsable FO. La décision est contestée par le corps social d’EDF, ce qui ne s’est jamais vu, et prétendre mener à bien ce projet en passant outre c’est un élément de fragilité », a-t-il estimé.

Alliée à la CGT et FO depuis plusieurs mois pour demander le report de deux ou trois ans du lancement de ce chantier de 18 milliards de livres (21,2 milliards d’euros), la CFE Energies a « pris acte » de la décision britannique, en notant aussi les « quelques inquiétudes » de Londres sur « la part » dévolue au chinois CGN, a indiqué son secrétaire général William Viry-Allemoz.

Reste que pour la CFE Energies, EDF « n’a pas la surface financière suffisante » actuellement pour porter ce projet dont « le risque est supporté, in fine, par le consommateur français ».

– ‘Des milliers d’emplois’ –

« On attend toujours les deux décisions de justice » liées aux recours du comité central d’entreprise d’EDF et des administrateurs salariés, a ajouté M. Viry-Allemoz.

La CFDT, qui a toujours défendu le lancement de ce chantier gigantesque, s’est dite, elle, « satisfaite » du feu vert britannique.

« C’est une bonne nouvelle d’apprendre que le plus important chantier européen de la décennie va se lancer. L’Europe a besoin de tels chantiers qui génèrent des milliers d’emplois », a dit à l’AFP Vincent Rodet.

Ce chantier va permettre « à la filière électro-nucléaire française de retrouver une audience mondiale » mais il « nous met en grande responsabilité collective de réussite. Il faut que Hinkley Point soit le chantier où EDF démontre sa capacité à tenir les coûts et les délais », ce qui « malheureusement » n’a pas été fait à Flamanville, a ajouté le représentant syndical.

« Le retour d’expérience des chantiers (de construction d’EPR) en cours (Finlande, France, Chine) va être injecté et c’est ce qui nous rassure », a observé M. Rodet.

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