Hollande tire un « bilan contrasté » du dialogue social sous son quinquennat

PARIS, 10 janvier 2017 (AFP) – François Hollande a tiré mardi un « bilan contrasté » du dialogue social durant son quinquennat, mettant en garde ceux qui jugeraient ces « discussions inutiles » dans une nouvelle et claire allusion au programme de François Fillon pour 2017.

« Je ne comprends pas que des voix puissent réclamer de mettre un terme au dialogue social (…) parce qu’il y aurait la nécessité de prendre par surprise l’opinion publique de crainte qu’elle ne se réveille », a lancé le chef de l’Etat sous les ors de l’Elysée lors d’ultimes voeux aux partenaires sociaux en forme de discours testament.

« Le risque, c’est le blocage, que face à la brutalité, il y ait une autre brutalité », a-t-il mis en garde, visant le candidat de la droite et sa volonté de gouverner par ordonnances dans les premiers temps de son quinquennat s’il remportait la présidentielle.

« Or nous avons besoin dans un pays comme le nôtre de continuité et de durée », a plaidé François Hollande.

Il a toutefois reconnu, qu’au sujet du dialogue social dont il avait fait une pierre angulaire de son quinquennat, « nous pouvons en faire un bilan contrasté ».

Ainsi, a-t-il noté, « 30.000 accords collectifs de branches ou d’entreprises sont signés annuellement », comme récemment chez Renault, « mais au niveau national, l’élan contractuel a perdu de sa vigueur ».

« Cette méthode est la meilleure pour notre pays », a-t-il insisté, enchaînant: « Je sais qu’il y a encore beaucoup à faire pour convaincre, les uns parce qu’ils pensent que le pouvoir politique peut les protéger ou les servir, d’autres parce qu’ils pensent qu’il n’est plus temps de perdre son temps dans des discussions inutiles ».

Mais selon le président sortant, « les économies les plus performantes sont celles qui justement associent les salariés aux décisions qui les concernent ».

Autre banderille, pour Emmanuel Macron cette fois, qui souhaite que l’Etat assure à l’avenir la gestion de l’assurance-chômage en lieu et place des partenaires sociaux. « D’autres modèles (que le paritarisme) sont possibles, l’étatisation, je n’ose pas dire la nationalisation », a noté François Hollande, pointant le « paradoxe » qui consiste « à se plaindre d’un excès de régulation étatique et en même temps d’appeler à l’intervention de l’Etat dès lors qu’on ne veut plus maintenir le paritarisme ».

« Je souhaite donc que les discussions puissent reprendre dans les prochaines semaines pour préserver la gestion paritaire de l’assurance chômage », a-t-il encore lancé. Après avoir échoué à trouver un accord en juin, les partenaires sociaux ont repris en décembre des discussions qui pourraient déboucher sur une reprise formelle des négociations.

« Certains ont parfois préféré renvoyer la balle au gouvernement plutôt que de faire le pari de la négociation interprofessionnelle », a déploré le chef de l’Etat.

Les partenaires sociaux ont diversement accueilli ces voeux présidentiels. « Il a donné du sens, il aurait peut-être dû le faire plus tôt, mais il a donné du sens », a réagi Laurent Berger (CFDT) dans la cour de l’Elysée.

De son côté, Jean-Claude Mailly (FO) a ironisé: « Il a fait un bilan positif sur le plan économique et social, mais si c’était aussi positif que ça, je ne comprends pas pourquoi il ne se représente pas. »

Quant à François Hommeril (CFE-CGC), il a évoqué un « bilan très controversé » du quinquennat « sur la place du dialogue social ».

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