Hôpital: des directeurs médicaux redoutent « un point de rupture irréversible »

PARIS, 13 novembre 2019 (AFP) – L’hôpital public « s’écroule »: dans une tribune publiée mercredi par Le Monde, 70 directeurs médicaux de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) appellent à augmenter le budget alloué à la santé et à revaloriser les salaires des soignants, redoutant un « point de rupture irréversible ».

« Nous ne sommes plus en mesure d’assurer nos missions dans de bonnes conditions de qualité et de sécurité des soins », s’alarment les signataires, à la tête des départements médico-universitaires (DMU) récemment créés à l’AP-HP, à la veille d’une journée de mobilisation pour « sauver l’hôpital public ».

Faute de personnel, « des centaines de lits d’hospitalisation » et « des dizaines de salles d’opération » sont fermés, « chaque semaine des unités de soin ferment », poursuivent les auteurs de la tribune.

Conséquence, les délais de prise en charge « s’allongent » et ne sont plus « raisonnables » pour les « soins urgents », obligeant les patients à « se tourner » vers le privé.

« Trop peu de recrutements de soignants sont en vue pour espérer un retour à la normale », estiment les directeurs médicaux.

Aux « centaines de postes » budgétisés mais non pourvus s’ajoute la fuite, « plus grave encore », d’infirmiers, d’aides-soignants, de kinésithérapeutes… qui entraîne « une surcharge de travail » et « un épuisement » des équipes restantes.

En cause, notamment, la « non-revalorisation salariale » des soignants « depuis plusieurs années » et des rémunérations « particulièrement » inadaptées au coût « des loyers, de la vie » en région parisienne.

De même, « la fuite des médecins des hôpitaux universitaires met en péril la formation de toute la profession » et « le niveau de la santé en France », s’inquiètent les signataires.

Après des années de pression budgétaire et de « réduction progressive des effectifs », ils appellent à « réviser à la hausse » l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (l’Ondam, qui sert à limiter leur augmentation naturelle) pour éviter « le pire » demain.

D’autres « mesures d’urgence » s’imposent selon eux comme une revalorisation du « salaire des personnels paramédicaux, infirmiers en premier lieu, et des médecins » ou un accès aux logements facilité « à proximité » des hôpitaux.

Plus largement, ils appellent à « une refonte complète » du financement de l’hôpital.

Une « grande manifestation » est prévue jeudi à Paris par les syndicats et des collectifs désireux d’étendre la grève en cours depuis sept mois aux urgences à tout l’hôpital.

Mardi, la ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui promet un « plan de soutien » courant novembre, a indiqué que des « discussions » étaient « en cours » sur le niveau de l’Ondam.

ac/bfa/spi