Hôpital: nouvelles manifestations vendredi, les soignants attendent des preuves d’amour

PARIS, 12 février 2020 (AFP) – Onze mois après l’embrasement des urgences, le feu couve toujours à l’hôpital, dont les agents sont appelés à une journée de grève et de manifestations vendredi, pour « déclarer leur flamme » au service public et pousser le gouvernement à de nouvelles concessions.

Saint-Valentin oblige, « chacun doit amener une fleur blanche », a prévenu le Collectif Inter-Hôpitaux (CIH), à l’origine de cette nouvelle mobilisation. Un symbole de l’engagement des médecins et soignants, qui entendent aussi rester une épine dans le pied d’Agnès Buzyn.

Depuis son éclosion, en mars 2019 dans quelques services d’urgences parisiens, ce mouvement social a pris de court la ministre de la Santé, dont les premières annonces n’ont pas empêché la révolte de proliférer, jusqu’à une première grande manifestation mi-novembre.

Aux grands maux, les grands remèdes: le plan « Investir pour l’hôpital » qu’elle avait présenté dans la foulée, aux côtés du Premier ministre Edouard Philippe, se voulait taillé sur mesure pour faire retomber la tension.

Rallonge budgétaire, primes à foison, reprise massive de dette… La contestation avait payé, enfin, même si les grévistes restaient sur leur faim.

Eclipsées depuis deux mois par les opposants à la réforme des retraites, les blouses blanches du CIH continuent de réclamer « une revalorisation significative des salaires » et 600 millions d’euros supplémentaires dès cette année « pour stopper la fuite des personnels ».

Faute d’avoir obtenu « l’ouverture immédiate de négociations » après leur entrevue avec Mme Buzyn mi-janvier, ces médecins-chefs ont mis à exécution leur menace de démission.

En deux semaines, plus de 600 praticiens ont ainsi renoncé à leurs fonctions administratives et d’encadrement, tout en continuant d’assurer les soins.

Sans conséquence pour les patients, cette action coordonnée a ramené l’attention sur l’hôpital et remobilisé les troupes. Soutenue par l’ensemble des collectifs et syndicats hospitaliers, la manifestation de vendredi aura valeur de test.

– « Les réformes s’appliquent » –

Des cortèges sont prévus partout en France, mais les regards seront tournés vers Paris, où le cortège s’élancera à 14H00 de l’hôpital Necker vers celui de la Pitié-Salpêtrière.

La jauge décidera de la suite. Pour l’heure, les médecins du CIH ont rendez-vous avec Mme Buzyn « mi-mars », la ministre souhaitant « d’abord qu’on fasse un état des lieux de la façon dont les réformes s’appliquent ».

A commencer par les primes promises: d’ici quelques semaines, 80.000 aides-soignantes en gériatrie vont toucher 100 euros net de plus par mois, avec effet rétroactif au 1er janvier, et 50.000 soignants d’Île-de-France recevront une gratification annuelle de 800 euros net.

A partir du 1er mars, hôpitaux et cliniques bénéficieront d’une revalorisation de leurs tarifs – c’est-à-dire des sommes versées par l’Assurance maladie pour chaque acte ou séjour médical.

Cette augmentation, qui traduit dans les faits le coup de pouce budgétaire annoncé à l’automne, sera en outre garantie en cas de baisse d’activité, dans le cadre d’un « protocole d’accord » prévoyant une « évolution minimale » jusqu’en 2022.

Les fédérations hospitalières se sont félicitées de cette « avancée » annoncée vendredi, saluant une « rupture culturelle » après le rabotage tarifaire appliqué de 2011 à 2018.

Mais pour le CIH, il s’agit d’une « hausse en trompe-l’oeil », qui ne rattrape pas la « baisse des tarifs sur les dix dernières années » et n’assure pas « un financement à hauteur des besoins ».

Mme Buzyn compte aussi sur l’enveloppe de 150 millions d’euros « déléguée » en début d’année aux hôpitaux « pour que les conditions de travail s’améliorent », à condition « que les équipes s’en emparent et fassent remonter leurs demandes aux directeurs pour avoir le matériel dont ils ont besoin ».

A défaut de moyens supplémentaires, la ministre laisse la porte ouverte à la « modification du mode de gouvernance » des établissements publics réclamée par le CIH. Elle s’est ainsi dite prête à la « retravailler » pour « donner beaucoup plus la main aux professionnels médicaux ». Et s’éviter un nouveau bourgeonnement printanier?

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