Hôpital: quand des collectifs complètent l’action syndicale

PARIS, 12 février 2020 (AFP) – A l’hôpital et aux urgences, des infirmiers, sages-femmes ou médecins ont formé des « collectifs » sans véritable hiérarchie, friands des réseaux sociaux et en dehors de syndicats parfois jugés « difficiles à faire bouger » et « d’un autre temps ».

« Nous voulons représenter tous les personnels, peu importe leur tendance politique ou appartenance à tel ou tel syndicat », explique le psychiatre Antoine Pelissolo, du collectif Inter-Hôpitaux.

Ce chef de service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor (AP-HP), à Créteil, explique la principale différence de son collectif par rapport à un syndicat: « Nos revendications tournent autour d’un objectif unique », en l’occurrence « la défense de l’hôpital public ».

Pas question donc de se lancer dans d’autres batailles, y compris celle en cours des retraites, même si des syndicats ont poussé dans ce sens.

« Ce n’est pas notre combat », assure le Pr Pelissolo.

Des infirmiers et aides-soignantes ont toutefois battu le pavé depuis le 5 décembre contre la réforme des retraites.

Le rejet des syndicats, jugés trop politiques, pas assez réactifs, est aussi avancé pour justifier la création de ces collectifs.

« Les élections professionnelles sont très faibles (dans le milieu hospitalier, NDLR). On est face à une population syndicale vieillissante et dont les outils de lutte se sont peu renouvelés depuis quelques décennies », tranche Hugo Huon, figure de proue du collectif Inter-Urgences, né au printemps.

Cet ex-infirmier au CHU Lariboisière critique aussi le « langage syndical assez inadapté ». Une réunion de négociation syndicale « commence toujours par un laïus de 40 minutes, c’est limite s’il ne remonte pas au XVIIIe siècle! Puis on passe à la négociation, alors que le cadre est déjà posé. C’est pas ce qui marche le mieux ».

Il y a aussi chez les syndicats « un côté administratif qui fait que prendre les décisions prend du temps », assure-t-il.

– « Les collectifs nous boostent » –

Un avis que ne partage pas Candice Lafarge, ex-aide-soignante, cofondatrice du collectif Inter-Urgences et militante SUD. Elle, vante « un savoir-faire des syndicats » qui a permis qu’autant de services d’urgences se soient mis en grève (267 services en janvier). « Ils nous donnent leur technique, leur stratégie de communication ».

D’autres sont syndiqués dans ces collectifs, « mais on ne le met pas en avant car beaucoup de collègues ne veulent pas entendre parler des syndicats ».

Pour autant, vendredi, c’est ensemble que collectifs et syndicats appellent à une journée de grève et de manifestations pour réclamer l' »ouverture de véritables négociations » sur le budget et les salaires. L’appel est signé par Inter-Hôpitaux, Inter-Urgences, CGT, CFDT, SUD, CFTC, CFE-CGC et Unsa.

Comment travaillent les collectifs?

En s’organisant selon les compétences de chacun: communication pour les éloquents, création et gestion de sites internet pour les « geeks », réseaux sociaux pour tout le monde…

La moyenne d’âge tournant autour de 30 ans, beaucoup sont à l’aise sur Snapshat, Instagram, Twitter, les messageries sécurisées Telegram ou WhatsApp. Des moyens qui leur ont permis de gonfler les troupes lors des défilés, notamment ceux massifs du 14 novembre un peu partout en France.

Une semaine plus tard, le Premier ministre, Edouard Philippe, et la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, dévoilaient un « plan d’urgence », reçu fraîchement, d’où la poursuite du mouvement.

Du côté des syndicats, « nous sommes peut-être trop dans la politique générale et pas assez au plus près du terrain et des préoccupations des salariés », estime Fabrice Angei, responsable à la CGT.

Quant aux réseaux sociaux, il reconnaît que les centrales ont « du retard ». « Mais les camarades s’y mettent de plus en plus, les collectifs nous boostent ».

La réforme des retraites a justement obligé « les camarades à se mettre aux réseaux sociaux », relève un responsable FO.

Bien que très critique, Hugo Huon juge indispensable les deux types d’organisations, collectifs et syndicats, « pour fédérer le plus de monde ». « Les syndicats ont les moyens financiers, une structure existante, des gens qui y croient, mais il faut aussi des collectifs pour les gens qui ne croient pas aux syndicats ».

Même musique côté CGT: « L’un nourrit l’autre. Les deux initiatives se complètent », dit M. Angei.

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