Immobilier: venue des start-up, une culture du bien-être au travail fait son chemin

PARIS, 1 décembre 2016 (AFP) – Si le travail est souvent synonyme de stress, la réflexion sur la qualité de vie au bureau progresse et une nouvelle culture, impulsée par des start-up attentives au confort de leurs salariés, influence l’immobilier tertiaire.

« Jusqu’ici on se préoccupait assez peu de la manière dont les entreprises allaient vivre dans les immeubles », relate Olivier Estève, directeur général délégué de Foncière des Régions (FDR) qui construit et loue des immeubles à de grands groupes.

Au départ placement de long terme, l’immobilier de bureaux a été vu, dans les années 90, comme un pur produit financier par des investisseurs qui jetaient leur dévolu sur des bâtiments construits « en blanc » (en l’absence de locataire), sans tenir compte des besoins spécifiques de leurs futurs usagers.

Mais la crise de 2008 a tout bouleversé: les entreprises voient désormais l’immobilier comme un levier de croissance et un poste de dépenses à optimiser, constatent les professionnels du secteur réunis au salon Simi qui s’achève vendredi au Palais des Congrès de Paris.

– Potagers participatifs ou voituriers –

Deuxième poste de dépense après les salaires, les espaces de travail sont aussi l’un des atouts permettant aux entreprises d’attirer et de fidéliser leurs collaborateurs.

« Aujourd’hui, elles se livrent à une compétition pour attirer les talents, et de nombreuses réflexions émergent, sur ce qui fait l’attractivité d’un immeuble, la performance collective, ce qui assure le lien social, le bien-être des salariés », rapporte M. Estève.

Les professionnels ont ainsi été amenés à analyser les aspirations des utilisateurs pour « concevoir les bons immeubles, qui le resteront longtemps ».

C’est ainsi qu’est né Immowell Lab, qui réunit 18 professionnels du secteur, de grandes entreprises (EDF, Renault, Engie, Sanofi, L’Oréal, la RATP) et 40 start-up de services dédiés au bien-être des salariés, afin d’accélérer la diffusion de ceux-ci, souligne son co-fondateur, Hervé Moal.

Parmi ceux-ci: les « potagers d’intérieur participatifs » (Ciel mon radis), le « coaching santé » (Stimulab), les parkings partagés contre des services de voituriers (Parkopoly), les vidéos d’art (Bright), l’échange de services collaboratifs (Mon p’ti voisinage).

Car aujourd’hui « le bureau classique est en concurrence directe avec les espaces de co-working et la maison. L’entreprise doit se demander: +Qu’est-ce que je fais pour donner envie à mes salariés de venir travailler, de se sentir bien et d’être productif ?+ », affirme Catherine Gall, directrice de recherche du fabricant d’équipements de bureaux Steelcase.

– « Lame de fond » –

Cette réflexion a poussé la MAIF à cerner les attentes de ses salariés, affirme Olivier Ruthardt, directeur général adjoint des ressources -il préfère dire « richesses »- humaines de l’assureur.

Après avoir sondé ses collaborateurs sur la restauration collective, l’entreprise l’a « numérisée »: désormais, « chacun peut savoir sur son smartphone s’il y a la queue, s’il y a assez de plats ou quand ils vont être renouvelés, et s’ajuster », rapporte M. Ruthardt.

Quant à la société de conseil et de services numériques One Point, récemment installée dans un immeuble rénové de 3.600 m2 proche du Trocadéro, elle offre tous les matins, un petit-déjeuner gratuit à ses salariés, qui peuvent venir avec des amis ou en famille.

« C’est impressionnant à voir: c’est plein, ça déborde d’énergie, les gens sont fiers de montrer l’endroit où ils travaillent. Quant aux clients, ils voient une entreprise dynamique: c’est un cercle vertueux à partir d’une idée toute bête », rapporte M. Estève, dont la société a « juste fourni le lieu ».

« Il est certain qu’il y a une autre approche du travail dans les start-up, que dans les tours de la Défense », admet Mme Gall, qui n’y voit « pas un signal faible, mais une lame de fond ».

Car si la souffrance au travail est très répandue aujourd’hui, « on ne pourra pas rester éternellement dans cette morosité, cette difficulté ».

Selon elle, les entreprises devront un jour prendre en compte le bien-être de leurs salariés « de manière authentique et sérieuse, pas uniquement pour mettre dans le rapport annuel qu’il y a une salle de sport, une crèche ».

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