Impact du coronavirus: « Pourquoi on ne nous sauve pas, nous, les PME? »

PARIS, 10 mars 2020 (AFP) – « On a sauvé les banques en 2008. Pourquoi on ne nous sauve pas, nous, les PME? C’est insupportable »: Avec un chiffre d’affaires en chute de 80%, Aziz Bentaleb craint que le coronavirus ne coule son entreprise de traiteur, après 30 ans d’existence.

Sur la trentaine de réceptions programmées la semaine prochaine, une seule a été maintenue et « elle pourrait bien être annulée », se désole le gérant de Calixir, un traiteur spécialisé dans l’événementiel d’entreprise, basé à Wissous dans l’Essonne. Il emploie 27 salariés et réalise 4 millions d’euros de chiffre d’affaires par an.

« En 30 ans, on en a connu des vagues et des vagues de crises: celle de 1995, celle de 2008 qui avait fait baisser le chiffre d’affaires de 30%… mais là on en est à 80%: s’il n’y a pas de reprise d’activité en avril, mai, on va vers le redressement et la liquidation », affirme M. Bentaleb à l’AFP.

L’activité avait déjà été ralentie en janvier par les grèves et les manifestations contre la réforme des retraites et depuis février l’épidémie de Covid-19 a conduit à des annulations en cascade d’événements, faisant perdre 284.000 euros de chiffre d’affaires à Calixir.

« Le salon du Livre a été annulé, or nous assurions des cocktails sur le stand de Hachette, l’Institut du monde arabe a aussi annulé un événement, comme le constructeur automobile BMW qui devait réunir des concessionnaires pour un lancement de voiture… », égrène le chef d’entreprise.

Vendredi, Traiteurs de France, qui regroupe 37 grands traiteurs nationaux totalisant 204 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et 1.500 salariés, a réclamé des « mesures concrètes » pour pallier une perte de chiffre d’affaires supérieure à 3,5 millions d’euros en moins d’une semaine.

L’organisation en appelle au bon sens de tous: « Chacun ira voter, chacun fréquente une grande surface, qui est un lieu de rencontres. Les événements ne doivent pas être +sur-pénalisés+ et il faut maintenir ce qui peut l’être, tout en respectant les consignes de prévention ».

– « Mois à zéro » –

Traiteurs de France demande surtout à l’État « un plan de sauvegarde des activités avec, au-delà d’une baisse des charges ou d’un report temporaire, la création d’un fonds d’indemnisation spécifique » aux traiteurs.

L’organisation souhaite aussi une « rencontre rapide avec un médiateur » et un « encadrement juridique des conditions d’annulation et de cas de force majeure » pour sauvegarder un secteur qui représente « l’excellence de la gastronomie française, l’un des fleurons de l’économie du pays ».

« Les traiteurs sont particulièrement touchés: pour certains, cela a été un mois à zéro » commande ou prestation, a déclaré mardi à l’AFP Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, chargé du secteur du tourisme.

Lundi, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire avait reconnu que l’impact du coronavirus sur la croissance de l’économie française serait « sévère », avec certains secteurs « très durement touchés ». Si les baisses de chiffre d’affaires atteignent d’ores et déjà 30 à 40% en moyenne dans l’hôtellerie, 25% pour les restaurateurs, elles vont jusqu’à 60% pour les traiteurs, a-t-il dit.

Pour éviter une multiplication des défaillances d’entreprises, M. Le Maire a annoncé une simplification de la demande de report des charges sociales, des dégrèvements d’impôts directs « au cas par cas » pour les entreprises « menacées de disparition », et un chômage partiel renforcé.

A Calixir, « dix personnes de la production sont au chômage partiel, quatre sur six à la logistique et la livraison… les administratifs et les commerciaux le seront la semaine prochaine », rapporte M. Bentaleb. « Mais cela ne suffira pas, les assurances bottent en touche, les banques, au final, ne font que nous rajouter de la dette… »

La Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) demande de son côté à l’État de prendre en charge la part de financement restant à l’employeur en cas de chômage partiel et de reconnaître un « état de catastrophe sanitaire » permettant de faire jouer auprès des assureurs une garantie perte d’exploitation aujourd’hui prévue pour les catastrophes naturelles.

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