Intégration: Louis Gallois appelle les entreprises à former « les jeunes de la diversité »

PARIS, 21 novembre 2015 (AFP) – Les entreprises doivent ouvrir leurs portes aux jeunes issus de la diversité afin de les former et d’éliminer des sources de frustration parmi eux, affirme Louis Gallois, président du conseil de surveillance de PSA et du think tank La fabrique de l’industrie, qui lance un appel à embaucher plus de stagiaires.

Question: Vous prônez depuis des années l’intégration par la formation. Que préconisez-vous aujourd’hui?

Réponse: « La formation est une voie très importante. Nous nous apercevons que les jeunes qui effectuent un apprentissage ont de très grandes chances de trouver un travail. Les entreprises en sont ensuite contentes parce qu’elles trouvent des jeunes qui ont déjà une connaissance de la vie en entreprise. Cela rapproche l’offre de la demande. Cela permet de faire la connaissance de ces jeunes, de les initier à la vie en entreprise. Ils sont plus rapidement efficaces. Et pour les jeunes, c’est une formidable introduction à leurs futurs métiers. Or, nous avons des jeunes en recherche de stage qui envoient leurs CV dans la France entière et qui ne reçoivent très souvent aucune réponse. Ils envoient des centaines de CV chacun et ils n’obtiennent rien. Je suis d’autant plus touché que des jeunes de la diversité sont concernés. »

Q: Vous pensez que les stages leur sont refusés en raison de leur nom de famille?

R: « Je ne veux pas extrapoler de ce que j’ai vu le fait qu’il y aurait une sorte de délit de patronyme ou de faciès. Mais je pense que des jeunes qui n’ont aucun réseau rencontrent beaucoup plus de difficulté à trouver des stages. Surtout, en région parisienne. Ils ne savent pas à quelles entreprises s’adresser. Comme leur désarroi naît de la difficulté à rentrer en contact avec les entreprises pour trouver un stage, si l’on parvient à surmonter cet obstacle, c’est au moins une source de frustration qui disparaîtra. Il faut être très vigilants à ce que ces stages soient ouverts à la diversité. Mais je suis très prudent sur les liens que l’on peut établir entre les situations socio-économiques des jeunes et les dérives radicales que l’on constate. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une relation directe avec la radicalisation. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne faut pas traiter l’immense frustration que l’on crée en excluant du marché du travail une partie de cette jeunesse. »

Q: Que doit faire l’industrie?

R: « Les entreprises, en général, doivent se mobiliser pour faire en sorte que les jeunes trouvent des structures d’apprentissage. Elles ont la responsabilité de proposer des stages et des postes d’apprentissage. Ce sont des jeunes de toutes origines, qui en veulent, qui souhaitent travailler et trouver des stages. L’énergie qu’ils consacrent à la recherche de stages, le degré de frustration que cela créé chez eux, est un véritable sujet vis-à-vis de l’apprentissage. Si nous voulons de la formation en alternance, si nous voulons de l’apprentissage, il va falloir changer fondamentalement cette question des stages pour ne pas laisser le jeune complètement seul. Nous ne pouvons pas les laisser comme ça. Sinon, on les désespère. Et nous remettons en cause leur capacité à poursuivre leurs études. Ils ne peuvent continuer leurs études, car très souvent leur formation de BTS ou de licence Pro imposent la condition de trouver un stage avant décembre pour poursuivre leurs études. Je préconise aussi qu’une structure centralise les propositions de stage afin que les jeunes entrent en contact avec des entreprises. »

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