« Je me sens trahi ». Chez British Airways, colère et angoisse

LONDRES, 11 mai 2020 (AFP) – David travaille depuis trente ans comme steward chez British Airways. Voler était un rêve de gamin et, à 50 ans, il a grimpé les échelons pour devenir chef de cabine.

Comme la plupart des employés du groupe, il est actuellement au chômage partiel et attend d’en savoir plus sur les 12.000 suppressions de postes annoncées par la maison mère de la compagnie IAG le mois dernier, soit près d’un tiers des effectifs du groupe.

« Je me sens trahi, abandonné et écoeuré », confie-t-il par téléphone à l’AFP.

« Bien évidemment, quand on a appris cela, les employés (de BA) ont été très contrariés mais maintenant ça tourne à la colère. (…) Nous attendions des changements sur la manière dont nous allions voler à l’avenir, le nombre d’heures en vol, des baisses de salaires (…) parce que la crise est sans précédent mais l’ampleur (des changements demandés) nous semble opportuniste », ajoute David, dont le prénom a été modifié car il n’a pas le droit de parler à la presse.

Ce n’est pas tant le nombre de licenciements envisagés qui passe mal, mais la manière de procéder. D’après une lettre envoyée par la direction de BA au syndicat Unite et consultée par l’AFP, IAG envisage de rationaliser les différents statuts des équipes de cabines et de remettre à plat toutes les conditions contractuelles des salariés.

La compagnie prévoit de proposer à certains employés qui ne seront pas licenciés un nouveau contrat remettant toutes leurs conditions de travail à plat, des procédures disciplinaires aux évaluations de performances avec une augmentation de la flexibilité des horaires, trajets (courts ou long courriers) et congés.

IAG affirme que c’est la condition pour rester « compétitive » vu la baisse durable de la demande de vols qui se profile.

Le steward, enfin, déplore que le gouvernement britannique n’aide pas plus British Airways ou les autres compagnies « viables » du secteur au Royaume-Uni, alors que « tous les pays européens ont soutenu leurs transporteurs aériens, l’Espagne, la France la Scandinavie, les Pays-Bas »…

En tout état de cause, le moral est au plus bas chez British Airways, conclut-il, la pandémie qui a cloué au sol la quasi totalité des avions dans le monde survenant notamment après une grève historique des pilotes de BA à l’automne avant d’obtenir finalement un accord salarial.

Lundi, lors d’une séance de questions par téléconférence devant la commission des Transports du Parlement britannique, Willie Walsh, le patron d’IAG, s’est défendu du nombre de licenciements envisagés en répétant que la compagnie luttait pour sa survie au cours de la pire crise jamais traversée par le secteur.

Le gouvernement britannique a, selon lui, aggravé une situation déjà critique en annonçant que les voyageurs qui arriveraient au Royaume-Uni par avion à partir de mercredi seraient soumis à deux semaines de quarantaine.

Assurant que des consultations pour atténuer l’impact des licenciements allaient se tenir le plus tôt possible, M. Walsh a toutefois éludé les questions pressantes de plusieurs députés sur la remise en cause du contrat des employés.

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