Jour J pour l’Euro, la contestation sociale se cristallise autour de secteurs clés

PARIS, 10 juin 2016 (AFP) – Au jour J de l’Euro de foot, la fronde sociale contre la loi travail se cristallise dans des secteurs clés, laissant présager de grosses perturbations dans les transports, notamment dans la capitale malmenée par la grève des éboueurs, tandis que les initiatives disparates se multiplient.

SNCF

Malgré un accord, mardi, consacrant le régime de travail actuel à la SNCF, la grève lancée par la CGT-Cheminots, SUD-Rail et FO (non représentatif) pour défendre les conditions de travail des cheminots et demander le retrait du projet de loi travail, a été reconduite jusqu’à vendredi pour une dixième journée, malgré l’appel de certaines sections locales de la CGT à la suspension et des scrutins plus serrés.

Alors que des milliers de supporters sont attendus vendredi soir au stade de France pour le match France-Roumanie, des perturbations sont prévues sur les RER B et D, qui le desservent. La SNCF a néanmoins prévu d’assurer des navettes fréquentes entre Paris et le stade. Interrogé sur de possibles réquisitions de personnel, le gouvernement n’a rien exclu.

Quatre TGV sur 5, 7 TER sur 10, 1 Transilien et 1 Intercités sur 2 sont par ailleurs annoncés pour vendredi.

AIR FRANCE

Loin de la fronde contre la loi travail, les pilotes d’Air France sont eux aussi appelés à déserter leurs cockpits au moment de l’Euro, de samedi à mardi pour défendre l’emploi et leurs conditions de rémunérations. La compagnie prévoit d’assurer 70 à 80% de ses vols samedi, et s’attend à 25% de grévistes. Elle estime le coût de la grève entre 5 et 6 millions d’euros par jour.

En 2014, une grève unitaire des pilotes contre l’essor de la filiale low cost Transavia, avait cloué au sol la moitié des vols durant deux semaines.

DECHETS

Eboueurs, agents territoriaux, chauffeurs de camions-bennes en grève perturbent depuis plus de dix jours les principaux sites de la région parisienne dont le plus important, Ivry-sur-Seine/Paris 13, en grève continue depuis douze jours, qui traite d’habitude 1.800 tonnes d’ordures ménagères par jour.

Jeudi, les personnels et agents de la Ville de Paris qui bloquent cette usine d’incinération ont décidé de reconduire leur grève jusqu’à mardi, journée de manifestation nationale contre la loi El Khomri.

Des blocages temporaires continuent dans trois autre sites parisiens, où les piquets de grève ont été délogés par les forces de l’ordre à plusieurs reprises.

La collecte des poubelles, très perturbée à Paris où les ordures ont commencé à s’amonceler dans une dizaine d’arrondissements, risque d’être encore ralentie par la grève massive des chauffeurs des principaux garages de camions-bennes de la Ville de Paris. La mairie a annoncé le « redéploiement » du dispositif de collecte en faisant appel à des entreprises privées.

Des blocages touchent aussi Marseille (Fos-sur-Mer), l’Ariège, les Hautes-Pyrénées.

TERMINAUX PETROLIERS DU HAVRE (CIM)

Pilier de la contestation, le personnel a reconduit mercredi sa grève pour 48 heures et perturbe depuis 18 jours l’approvisionnement des raffineries et des aéroports parisiens. Depuis le 27 mai toutefois, un service minimum, sur injonction du Premier ministre, est assuré par 17 cadres qui travaillent et dorment sur place. Ils assurent le pompage dans des réservoirs de stockage pour alimenter en brut la raffinerie ExxonMobil de Port-Jérôme-Gravenchon, et en kérosène et gazole les aéroports.

La CIM alimente en brut les deux premières raffineries de France: celles de Total à Gonfreville-L’Orcher et d’ExxonMobil à Port-Jérôme (région havraise), ainsi que celle de Total à Grandpuits (Seine-et-Marne).

40% du brut importé par la France passe par les terminaux de la CIM.

INITIATIVES LOCALES

Les opposants multiplient les blocages temporaires de routes, ports, écluses, perturbent la distribution du courant, ont bloqué les accès au marché de Rungis, le port de Lyon, des voies ferrées à Annecy, Toulouse, Saint-Nazaire, le périphérique nantais…

Dans l’énergie, des débrayages dans plusieurs centrales ont généré une légère baisse de la production jeudi, et la CGT, qui a appelé ses militants à amplifier le mouvement, revendique avoir basculé plusieurs centaines de milliers de compteurs en heures creuses.

bur-ls/cel/dar