La CFDT veut rompre « l’isolement » des lanceurs d’alerte

PARIS, 4 mai 2018 (AFP) – La CFDT a attiré vendredi l’attention sur « l’isolement » auquel sont confrontés les lanceurs d’alerte en entreprise, qui, pour rompre « l’omerta », ont besoin des « bons appuis au bon moment ».

Marie-Noëlle Auberger et Jean-Paul Bouchet, anciens cadres de la CFDT, ont recueilli des dizaines de témoignages de lanceurs d’alerte, qu’ils ont compilés dans le livre « Oser l’alerte » (Les Editions de l’atelier), présenté lors d’une conférence de presse dans les locaux du syndicat.

« Le dénominateur commun, c’est l’isolement », a résumé M. Bouchet lors d’une conférence de presse. Un isolement avant même de lancer l’alerte : « +Je parle ? Je ne parle pas ?+ Cela vous prend la tête (…) vous savez très bien que vous allez être exposé à toute une série de péripéties et de risques ».

Vient ensuite « l’isolement de la part des collègues », « parfois l’accueil un peu mitigé des organisations syndicales », la « mise au placard », la « souffrance psychologique, psychique, il y a des situations de burn-out », a énuméré Jean-Paul Bouchet. C’est « souvent la double peine », avec l’obligation de démissionner sans indemnisation chômage, et « parfois même la triple peine », avec des proches « qui vous lâchent ».

Il est « extrêmement important d’avoir les bons appuis au bon moment » pour briser « l’omerta », selon M. Bouchet.

« Vous aurez beau avoir une loi extrêmement protectrice, bien foutue, bien ficelée, lorsque ça se présente, (la question) est +sur qui pouvez-vous compter ?+ » a-t-il poursuivi.

La CFDT tente actuellement de peser sur une proposition de loi transposant la directive européenne sur le secret des affaires, en cours d’examen au Parlement.

Le syndicat juge le texte « insatisfaisant », a déclaré Marylise Léon, secrétaire nationale de la CFDT, lors de la conférence de presse. Selon elle, la proposition de loi « considère que le secret est la règle et que les libertés sont des dérogations, c’est-à-dire l’inverse de l’état d’esprit de la directive ».

Adopté en première lecture à l’Assemblée nationale et au Sénat, le texte doit faire l’objet prochainement d’une commission mixte paritaire (CMP). Dans cette optique, la CFDT a « pris contact avec les parlementaires concernés pour porter un certain nombre d’amendements ».

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