La Croix-Rouge préconise un revenu minimum garanti accessible dès 16 ans

PARIS, 8 juin 2017 – Un an après avoir rendu public son premier « pacte santé » (lire notre dépêche), la Croix-Rouge française lance un nouveau plaidoyer, spécifique à « la santé globale des jeunes » en proposant notamment un revenu minimum garanti accessible dès 16 ans.

L’association de lutte contre l’exclusion revient ainsi dans ce texte sur les facteurs de vulnérabilité de la jeunesse, dont l’augmentation de la pauvreté des moins de 18 ans et le taux élevé du chômage des moins de 25 ans.

Constats tirés du terrain

Aux données nationales disponibles, la Croix-Rouge ajoute les constats tirés de son expérience de terrain. Ainsi, selon une étude sur le non-recours réalisée en 2016 par son unité locale de Rennes, plus de la moitié des 31 jeunes de moins de 30 ans interrogés avaient déclaré avoir déjà renoncé à des soins, principalement pour des raisons financières. La Croix-Rouge estime par ailleurs que près de 13 000 étudiants parisiens se privent de quatre à six repas par semaine, faute de pouvoir les payer. Et la part des bénéficiaires de sa distribution alimentaire âgés de moins de 25 ans est passée de 11,9 % en 2015 à 13,05 % en 2016. L’organisation, qui passe en revue plusieurs thématiques – jeunes en situation de handicap, mineurs isolés étrangers, jeunes parents, jeunes en errance… – à la lumière de dispositifs qu’elle a mis en œuvre, propose une série de recommandations. Parmi ces dernières : étendre l’accès aux minima sociaux par l’instauration d’un revenu minimum garanti sans contrepartie, accessible dès l’âge de 16 ans.

Bien que généralisée en 2017, la garantie « jeunes » ne sera pas suffisante, argumente-t-elle. « Essentiellement parce que son montant ne couvre pas l’ensemble des frais d’une personne seule », mais aussi parce que le dispositif, qui s’adresse aux 16-25 ans pas ou peu diplômés, qui ne suivent ni un cycle d’études, ni une formation et dont les ressources ne dépassent pas le plafond du revenu de solidarité active, « ne pourra être déployé qu’auprès de 100 000 jeunes [or, le programme d’Emmanuel Macron prévoit une généralisation à 200 000 bénéficiaires]. Une faible proportion lorsqu’on sait qu’il existe aujourd’hui en France plus de 1,7 million de jeunes dans cette situation. »

Déploiement des maisons des adolescents

Son « pacte pour la santé globale des jeunes » recommande le déploiement des maisons des adolescents – dont le développement est prévu par le plan d’action interministériel en faveur du bien-être et de la santé des jeunes lancé fin novembre dernier – et des espaces santé jeunes sur l’ensemble du territoire.

Par ailleurs, « des partenariats et des synergies doivent s’opérer avec l’ensemble des maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) et centres de santé existants ». L’association alerte aussi sur la précarisation et la diminution des financements qui ont conduit « à la disparition d’un très grand nombre de structures associatives agissant dans le domaine de l’éducation et de la promotion de la santé, détruisant un maillage territorial qui permettait d’aller au-devant des jeunes où qu’ils soient et de réduire les inégalités ». Elle demande donc « d’engager nettement plus de financements sanctuarisés, pérennes et mieux répartis auprès de l’ensemble des acteurs agissant au contact des jeunes », en renforçant les moyens dans les territoires ultramarins.

Education populaire

Autre préconisation : mettre en place une « véritable politique d’accès aux soins avec un système de sanctions efficace à l’encontre des professionnels de santé qui ne respecteraient pas les droits fonda­mentaux des plus vulnérables ». Le rapport propose en outre de « faire du service civique une étape clé du parcours de santé des jeunes adultes », en élargissant par exemple l’accès au « pass santé » – créé par le plan d’action inter­ministériel en faveur du bien-être et de la santé des jeunes –, notamment aux plus de 21 ans (soit au-delà de l’âge prévu par le dispositif) ayant effectué un service civique.

La Croix-Rouge plaide également pour « la reconnaissance légitime de la place et du rôle des associations d’éducation populaire » dans le domaine de l’accès à la santé. Elle demande que les jeunes soient associés à la mise en œuvre et à l’évaluation du plan d’action interministériel en faveur de leur bien-être et de leur santé et que les pouvoirs publics se mobilisent pour garantir la sécurisation de leur parcours d’insertion. La culture de l’engagement et de l’initiative « dès le plus jeune âge » devrait être valorisée et reconnue, fait-elle enfin valoir.