La démission de Delevoye met Macron et Philippe sous pression

PARIS, 16 décembre 2019 (AFP) – Emmanuel Macron et Édouard Philippe se retrouvent sous pression après la démission de Jean-Paul Delevoye, qui les oblige à dénicher, dans l’urgence, un nouveau ministre capable de négocier une sortie de la crise sociale.

Qui va désormais personnaliser la réforme des retraites, emblématique du quinquennat? Pour l’instant, aucun nom ne s’impose. Mais l’Elysée a fait savoir qu’il serait désigné « dans les meilleurs délais ».

En attendant, l’exécutif a perdu celui qui, au poste de haut-commissaire aux retraites, avait pour rôle de maintenir le dialogue avec les partenaires sociaux, qu’ils soient favorables ou opposés à la réforme.

Jean-Paul Delevoye avait été choisi par Emmanuel Macron, qui appréciait ses qualités d’écoute et de négociation, fruits d’une longue expérience politique qui fait défaut à de nombreux membres du gouvernement.

Le chef de l’État a accepté lundi matin « avec regrets », selon l’Elysée, le départ de cet ex-chiraquien qui l’avait rallié tôt dans la campagne présidentielle, et gardait une image sociale au sein d’un pouvoir jugé « techno ».

L’annonce de sa démission a été accueillie avec une certaine retenue par les responsables syndicaux, à l’instar d’Yves Veyrier (FO), qui a salué en Jean-Paul Delevoye un « homme de dialogue », ou de Laurent Berger (CFDT) qui a loué sa « loyauté ».

– Choix difficile –

En revanche, les ténors de l’opposition ont applaudi son départ, en saisissant l’occasion de cibler Emmanuel Macron et son projet.

« Les Français doivent garder à l’esprit que toute la macronie a défendu un homme fautif », a déclaré Marine Le Pen (RN). « C’est le 12eme ministre qui démissionne. Ce gouvernement a un problème avec l’argent et avec la transparence », a dénoncé Fabien Roussel (PCF).

Jean-Paul Delevoye est le 16e ministre à quitter le gouvernement depuis le début du quinquennat, dont 12 à la suite d’une démission. Le dernier en date était le numéro deux du gouvernement, François de Rugy (Transition écologique), acculé au départ il y a cinq mois jour pour jour après des révélations de Mediapart concernant son train de vie supposé fastueux.

Pour remplacer M. Delevoye, le chef de l’État et son Premier ministre pourraient privilégier une solution interne au gouvernement, comme pour François de Rugy, dont le portefeuille avait été confié à sa collègue des Transports Élisabeth Borne.

Dans ce cas, ils pourraient choisir la ministre de la Santé Agnès Buzyn, à laquelle Jean-Paul Delevoye était rattaché, mais qui est déjà accaparée par d’autres dossiers sensibles comme les urgences. Sont également cités les noms de Gérald Darmanin (Budget), très présent sur les plateaux de télévision pour défendre la réforme, ou du secrétaire d’État Olivier Dussopt, ex-élu PS.

« Il faut quelqu’un de prêt, apte à défendre la réforme sur les plateaux comme dans l’hémicycle, et si possible issu de la gauche », souligne un élu LREM. « Et pourquoi pas quelqu’un de suffisamment jeune pour être lui-même bénéficiaire de la réforme », censée s’appliquer aux Français nés à partir de 1975.

A moins qu’Édouard Philippe, qui avait déjà brièvement assuré l’intérim au ministère de l’Intérieur après la démission de Gérard Collomb, ne reprenne directement le dossier dont il est déjà le premier défenseur.

Lundi, des députés LREM reconnaissaient que le choix était difficile en l’absence de spécialistes incontournables des retraites au sein de la majorité, même si quelques-uns se sont emparés du dossier, comme le député du Nord Laurent Pietraszewski. Mais ce dernier est déjà pressenti pour le rôle clé de rapporteur du projet de loi à l’Assemblée nationale.

Cette nomination sera annoncée par l’Elysée, à un moment où Emmanuel Macron tenait à ne pas se mettre en avant sur la réforme. Après l’annulation d’un déplacement prévu mardi à Pau, son agenda public ne prévoit aucune sortie publique cette semaine avant son départ pour la Côte d’Ivoire vendredi.

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