La « galère » des CDD d’une journée

PARIS, 13 février 2019 (AFP) – « Au début, je me disais que ça apportait un peu de liberté. En fait, on est précaire ». Comme Julie, nombre de salariés enchaînent les CDD d’une journée ou de quelques heures chez le même employeur, une situation qui s’est aggravée en dix ans.

« A la fin de chaque semaine, je signais mes trois-quatre CDD d’un jour », raconte Julie, journaliste, désormais en CDI.

Elle dit avoir enchaîné ces CDD « jusqu’à un maximum de 100 jours par an, car l’employeur ne voulait pas avoir de problèmes avec les prud’hommes » et se voir obligé de titulariser.

« Le gros problème, c’est quand il faut aller travailler loin, juste pour une heure ou deux. Le temps de déplacement n’est pas payé », souligne Roger Fmadga, du Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP) au Havre. Ce demandeur d’emploi de 66 ans a aussi connu ces CDD lorsqu’il travaillait pour un institut de sondage.

L’autre « gros problème », les paiements systématiquement décalés d’un ou deux mois, qui compliquent les versements d’indemnités chômage. « Une galère sans nom », soupire Julie.

En France, le contrat à durée indéterminée reste la norme, se situant à un taux relativement stable depuis 10 ans de 88% de personnes ayant un emploi salarié (hors intérim), selon le ministère du Travail.

Quant aux CDD, ils ont évolué et sont de plus en plus courts, avec une durée moyenne de 46 jours, contre 80 en 2008.

Un tiers d’entre eux durent une journée, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie-restauration, la santé, les Ehpad, l’audiovisuel, la presse ou les services administratifs.

Difficile de savoir s’il s’agit d’une activité salariée complémentaire ou principale, les études et analyses (Insee, Dares) ne le précisant pas.

L’Unédic, qui gère l’assurance chômage, pointe le fait que 80% des CDD de moins d’un mois, soit 400.000 personnes, sont des réembauches.

Le Code du travail stipule qu’un CDD ne peut être renouvelé que deux fois. L’employeur ne peut réembaucher une même personne sur un même poste qu’après avoir passé un « délai de carence ».

Mais dans certains secteurs (audiovisuel, hôtellerie, restauration…), les « CDD d’usage » permettent des renouvellements sans limite et sans délai de carence.

– ‘Variable d’ajustement’ –

« Au début, je me disais que ça apportait un peu de liberté, mais en fait, on est précaire », poursuit Julie, citant des revenus en dents de scie et le risque d’être « dégagée » du jour au lendemain.

« J’avais des salaires plus avantageux avec des CDD d’un jour que maintenant que je suis en CDI, car il y avait la prime de précarité », précise Alexandre, éducateur spécialisé pour enfants dans le Maine-et-Loire, dont des collègues refusent des CDI pour cette raison.

« Mais c’est difficile de se projeter. On vous appelle la veille pour le lendemain, voire pour l’heure suivante et on n’a pas intérêt à avoir de problèmes de santé », relativise-t-il.

Les entreprises disent recourir aux CDD en général pour tester les compétences des salariés ou répondre à une activité fluctuante. Certaines évoquent le poids de la réglementation des CDI (coût financier d’un licenciement, formalités en cas de rupture), en particulier celles de moins de 10 salariés, montre une étude du ministère du Travail.

« Le CDD coûte plus cher que le CDI mais c’est une variable d’ajustement très confortable » pour les entreprises, assure Pierre-Edouard Magnan, secrétaire général du MNCP.

Le patronat dément.

« Ce n’est pas un choix pour un employeur, mais une nécessité. Quand une personne est absente le matin, on n’a pas d’autre choix que de recourir à un CDD d’un jour », dit Jean-Eudes du Mesnil (CPME). « C’est beaucoup plus simple pour l’employeur administrativement » d’avoir des CDD plus longs, assure-t-il, reconnaissant toutefois qu’il y a « probablement des dérives ».

« Avant », rappelle Jean-François Foucard, de la CFE-CGC, « il y avait dans les entreprises des salariés dits +volants+, qui étaient surnuméraires et remplaçaient les salariés en arrêt maladie ou autre ».

« Maintenant, on a beaucoup externalisé. Les entreprises font appel aux mêmes personnes pour maintenir la qualité et la continuité du service, mais ne titularisent pas, pour pouvoir s’en débarrasser plus facilement sans contraintes ».

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