« La logique qui prévaut », c’est « se mettre sur la figure », déplore Berger (CFDT)

PARIS, 5 décembre 2019 (AFP) – Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a regretté jeudi, jour de mobilisation massive contre la réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron, que « la logique qui prévaut » dans le camp syndical comme gouvernemental soit « de se mettre sur la figure ».

« Je suis préoccupé parce que la logique qui prévaut c’est quand même de se mettre un peu sur la figure avant de commencer à discuter », a déclaré le responsable du premier syndicat français à l’antenne de France Culture.

« On est en train de se foutre sur la gueule pour un truc dont on ne connaît pas le contenu », a-t-il insisté.

« Certains (considèrent) que le système actuel serait parfait. Je ne suis pas de ceux-là, je suis désolé, il n’est pas parfait, loin s’en faut, il est miné d’inégalités et ça met en cause la solidarité qui est absolument indispensable dans un système par répartition », a-t-il ajouté.

« Et de l’autre côté, on a un gouvernement qui veut montrer les bras, les muscles, pour dire +s’il y a un peu d’affrontement, ça voudra dire que j’ai fait cette réforme+, c’est ridicule et c’est dangereux », a-t-il développé, déplorant un « jeu de rôles à partir du brouillard provoqué par le gouvernement ».

« C’est dramatique parce qu’on n’est pas en 1995: le ressentiment des citoyens sur tout un tas de sujets, il est très puissant », a-t-il relevé.

Interrogé sur son soutien au principe d’un système de retraites universel par points, M. Berger a résumé la position de sa confédération: « On veut ce régime à une seule condition, c’est qu’on y instille des éléments de justice », parmi lesquels « la prise en compte de la pénibilité ».

Les inégalités, « on peut les résoudre en créant un régime universel, en mettant des mécanismes de compensation pour ceux qui sont les plus pénalisés aujourd’hui ».

Il a déploré que « depuis cinq, six mois, le gouvernement (ait) perdu tout le monde et (ait) instauré l’idée que cette réforme, c’était aussi pour faire des économies ».

« Pour faire passer une réforme, il faut quand même que le gouvernement trouve des alliés », a souligné sur LCI l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin qui avait instauré une réforme des retraites en 2003 grâce au soutien de la CFDT.

« Peut-être qu’avec la CFDT, il y a des négociations qui sont encore possibles », a-t-il ajouté, estimant que « si chacun est prêt à faire un pas, je pense qu’un accord est possible ».

Il a invité, pour ce faire, le gouvernement à « ne pas prendre tout le sujet », à « étaler dans le temps » la mise en oeuvre et à « séparer ce qui est régime spécial et ce qui est régime autonome », ces derniers, comme celui des avocats, « équilibrant leur dispositif sans intervention de l’État ».

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