La méthode du « super négociateur » Castex à l’épreuve de l’agenda social

 

PARIS, 8 juillet 2020 (AFP) – Il se décrit comme un « homme de dialogue », « d’écoute » mais refusera le « consensus mou »: le nouveau Premier ministre Jean Castex, qui veut rouvrir le dossier explosif des retraites, va mettre à l’épreuve sa méthode en recevant dès jeudi et vendredi les partenaires sociaux.

Depuis sa nomination vendredi dernier, M. Castex n’a cessé de le répéter à chacune de ses prises de parole: « ma responsabilité, c’est de rouvrir le dialogue ».

« L’écoute, la recherche de compromis doivent être une absolue nécessité, pas simplement pour le plaisir du consensus, mais parce qu’elles constituent des gages indispensables de l’efficacité publique », a-t-il insisté lundi soir devant les parlementaires de la majorité à Matignon.

« Il faut casser cette image injuste accolée au gouvernement que nous passerions en force, que nous ne concertons pas », a-t-il martelé devant les députés LREM mardi matin.

En creux, M. Castex dessine une France déchirée, qu’il faut « plus que jamais réunifier, réconcilier », et pour laquelle il serait donc le profil idoine. L’antiportrait, en somme, de ce qui était parfois reproché au chef de l’Etat Emmanuel Macron – à savoir le manque de considération des corps intermédiaires – et à l’ancien Premier ministre Edouard Philippe – la raideur dans les négociations -.

Cette « main tendue », selon ses mots mercredi, est un signal envoyé aux partenaires sociaux alors que d’imposants chantiers se profilent, à commencer par la remise sur le métier de la réforme des retraites, suspendue avec l’épidémie de coronavirus, mais que M. Castex a dit vouloir régler « à court terme ».

Refuser de refondre le système des retraites « serait irresponsable », a-t-il prévenu mercredi devant le Sénat.

Un sujet brûlant pour les syndicats et la gauche qui plaident pour un report sine die, voire un abandon. « Ressortir le dossier de la réforme universelle à points (…) franchement c’est de la provocation, tout le monde est contre », a résumé le président de la CFE-CGC François Hommeril mercredi sur BFM Business.

– « Rondeur » –

En attendant, M. Castex a tenté d’apporter d’autres gages. Mardi soir, il a ouvert lui-même une réunion du « Ségur de la Santé » en portant à 7,5 milliards d’euros l’enveloppe pour revaloriser les salaires des soignants. Et mercredi, il a annoncé vouloir « décaler la mise en oeuvre » de la contestée réforme de l’assurance-chômage.

Reste à savoir comment seront perçues ces supposées marques d’apaisement, alors que M. Castex doit recevoir en entretiens bilatéraux organisations syndicales et patronales jeudi et vendredi, puis les réunira ensemble avant le 20 juillet.

Le nouveau Premier ministre est en tous cas précédé d’une réputation flatteuse de « super négociateur », selon un ancien de ses collaborateurs au cabinet de Xavier Bertrand, que M. Castex a dirigé du ministère de la Santé (2006-2007) au Travail (2007-2008).

« Il pose toutes les données de l’équation, c’est toujours très cash, mais comme c’est dit avec sa rondeur, avec cet accent, ça le rend sympathique », embraye le même, en pointant « l’énorme erreur » qui serait de croire que M. Castex n’est pas « un stratège ».

Jean-Claude Mailly, ancien secrétaire général de Force ouvrière, tresse lui aussi des lauriers à M. Castex qui « va toujours essayer de discuter, rassembler tout le monde autour de la table et trouver le point qui permette le plus large compromis ». « Pour lui, c’est pas de la com, c’est pas du bluff », certifie-t-il auprès de l’AFP.

« Je ne sais pas s’il sera un bon Premier ministre », poursuit le président de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf) Patrick Pelloux, qui a connu M. Castex au mitan des années 2000.

« Mais s’il réussit à garder cette construction du collectif et du vivre-ensemble, il peut faire quelque chose de bien », assure-t-il.

« Mais attention, je ne crois pas au consensus mou. Le temps est à l’action », a aussi prévenu M. Castex, qui sera effectivement attendu au tournant.

« Il est réputé dans le milieu syndical, plutôt apprécié, parce que dans les fonctions qu’il a occupées il a toujours privilégié le dialogue. Mais encore une fois, les actes! », a exhorté mercredi le patron de la CFDT Laurent Berger.

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