La Poste: des experts alertent sur la dégradation des conditions de travail et de santé des agents

PARIS, 14 octobre 2016 (AFP) – Huit cabinets réalisant des expertises pour le compte des CHSCT de La Poste ont adressé une lettre ouverte au président du groupe, Philippe Wahl, pour « sonner l’alarme » sur la dégradation des conditions de travail et de la santé des agents et le « mépris du dialogue social », a-t-on appris de sources concordantes.

Dans cette lettre datée de jeudi, dont l’AFP a eu copie, ces cabinets d’experts (Aptéis, Aristée, Cedaet, Eretra, Ergonomnia, Indigo Ergonomie, Social Conseil, Odyssée) dénoncent « la dégradation des conditions de travail et le mépris du dialogue social manifesté dans les différents secteurs et aux différentes échelles du groupe », parlant d’une « situation préoccupante du fait de la rapide dégradation de l’état de santé des agents ».

Ils évoquent une « aggravation de la pénibilité physique », des « cas de suicides », des « situations de détresse individuelle », de « fréquents conflits ouverts entre agents » et « un climat social délétère ».

En cause, selon eux, les « réorganisations permanentes qui réduisent les effectifs et soumettent les agents à des cadences accélérées », du « courrier au colis, du réseau à la banque », malgré les « recommandations du rapport Kaspar de 2012 », après le suicide de deux cadres.

Pour prescrire le travail, affirment encore ces experts, « les directions de proximité doivent s’appuyer sur des « modélisations statistiques » ne correspondant pas à la réalité du terrain, « qu’elles-mêmes ne savent pas expliquer ».

Interrogé par l’AFP, l’un d’entre eux, Nicolas Spire, évoque des « logiciels qui calculent tout à la minute près, sans rapport avec la réalité des tournées des facteurs », qu’il accompagne régulièrement, « une pression permanente, des réprimandes, humiliations ».

Il décrit « une organisation du travail qui s’est emballée dans ses modes de réorganisation et d’encadrement », parle de « situation proche du cataclysme » qu’il compare à la crise sociale de France Telecom en 2008-2009, touchée par une vague de suicides.

M. Spire se refuse cependant à avancer des chiffres précis sur les cas de suicide, qui restent pour lui la « pointe de l’iceberg », mais il évoque « un taux d’absence en pleine recrudescence, des maladies et des départs ».

Les experts accusent aussi la direction de La Poste de refuser le dialogue social, ce qui se traduit par « des grèves dans de nombreux sites », et de faire entrave aux CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et conditions de travail) qui commanditent enquêtes et expertises et « constituent quasiment le seul contre-pouvoir institutionnel ».

Interrogée par l’AFP, La Poste dit avoir pris connaissance de cette la lettre « avec beaucoup de sérieux » et vouloir proposer « dès la semaine prochaine » de rencontrer les experts.

« La politique de La Poste est de contribuer à la bonne réalisation des expertises votées par les CHSCT et de tenir compte de leurs conclusions », ajoute-t-elle, disant compter « 748 CHSCT qui ont demandé la réalisation de 66 expertises en 2015 sur tout le territoire (il y en avait 103 en 2013) ».

« Sur les huit cabinets d’expertise signataires de la lettre rendue publique ce jour, quatre d’entre eux n’ont réalisé aucune expertise à La Poste en 2015. Les 4 autres ont réalisé 10 expertises locales à La Poste en 2015 », conclut-elle.

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