La Poste: rapport accablant sur une plateforme nordiste après l’AVC d’une employée

LILLE, 19 septembre 2017 (AFP) – Les conditions de travail sur la plateforme de distribution de courrier (PDC) de La Poste de Villeneuve-d’Ascq (Nord) sont étrillées dans le rapport d’un cabinet d’expertise remis en septembre et dont l’AFP a obtenu copie, un an et demi après l’accident vasculaire cérébral d’une employée.

Cette plateforme emploie 101 salariés et traite le courrier pour une partie de la métropole lilloise.

L’employée avait déposé plainte en septembre 2016 contre La Poste pour « non-assistance à personne en danger ». Le matin du 19 février, Emeline B., salariée en CDD, était venue travailler malgré des douleurs, sous la pression de la hiérarchie, relate le rapport. Son état s’était dégradé mais on lui avait demandé de terminer une tâche en cours avant l’arrivée des pompiers.

« Le défaut de prise en compte de la gravité de cette situation est lié à une organisation construite sur des règles instables et l’urgence des aléas qui immerge en permanence les agents dans l’incertitude », écrit Catéis, mandaté par le CHSCT.

Mais aussi à « un climat relationnel très dégradé et délétère où le jugement et la méfiance » prédominent, et à « une pression permanente pour produire coûte que coûte malgré les aléas et sans moyens supplémentaires, repoussant les agents dans leurs derniers retranchements en termes de santé ».

Le cabinet d’expertise pointe aussi des « pratiques managériales vécues par les agents comme une forme de persécution »: convocations répétées, obligation de garder le silence au travail, etc.

« Ces procédés tendent à faire peser sur les agents les failles de l’organisation », souligne Catéis, une méthode « nocive pour l’équilibre mental des agents qui finissent par douter de leurs compétences ».

Le rapport décrit également des pressions subies par deux membres du CHSCT, telles des procédures disciplinaires à répétition. Elles « ont fait courir sur (l’un d’entre eux) un risque majeur de passage à l’acte » (suicide), dénonce le rapport.

Sollicitée par l’AFP, la direction Nord de La Poste a déclaré que « depuis les faits, une nouvelle directrice de la plateforme a été nommée et a travaillé avec le secrétaire du CHSCT sur les sujets relevant de la santé et de la sécurité au travail ». « L’établissement a recruté 32 facteurs en CDI et un plan de formation important a été mis en place », ajoute-t-elle.

La plainte d’Emeline B. a été classée sans suite par le parquet de Lille, selon son avocat, Me Loïc Bussy, qui a annoncé à l’AFP son intention de déposer une nouvelle plainte avec constitution de partie civile. L’Assurance maladie n’a par ailleurs pas retenu pour l’AVC la qualification d’accident du travail.

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