La proposition Tabuteau-Hirsch continue de faire débat parmi les professionnels de santé

PARIS, 21 février 2017 – Plusieurs acteurs du monde de la santé ont débattu de la place de la Sécurité sociale dans les remboursements de soins lors d’une conférence organisée, le 7 février, par le magazine Espace social européen (ESE).

Dans le débat sur le partage des rôles entre l’assurance maladie obligatoire (AMO) et complémentaire (AMC), déclenché par la proposition du candidat des Républicains, François Fillon (cf notre dépêche ), celle de Didier Tabuteau, responsable de la chaire Santé de Sciences Po, et Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, en faveur d’une « assurance maladie universelle » continue à susciter les passions (lire notre dépêche ).

Obstacles

Lors du débat organisé par ESE, ses détracteurs ont avancé plusieurs contre-arguments. Premièrement, la suppression de l’AMC n’apporterait pas plus de service rendu aux patients, assure Claude Le Pen, économiste de la santé. « Le taux de reste à charge est déjà très faible, de l’ordre de 9% », a-t-il indiqué.

Deuxièmement, le transfert du poids des remboursements de l’AMC à l’AMO serait insoutenable pour la Sécu, surenchérit Thierry Beaudet, président de la Fédération nationale de la Mutualité française. « Un euro sur deux finance déjà les soins courants et le deuxième euro est déjà à la charge des ménages et des complémentaires.

Sous-évaluation des frais de gestion de l’AMO

En outre, les frais de gestion de l’AMO sont sous-évalués. « Environ 1Md€ sont en réalité externalisés à l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss). De plus, il est faux de dire que la suppression de l’AMC permettrait une économie des coûts de gestion des organismes complémentaires (OC) estimés à 6Mds€. Ces calculs sont erronés. Il n’y a pas de doublement des traitements », a expliqué l’économiste.

Enfin, les OC sont aussi des acteurs globaux du système. « Ils proposent une offre sanitaire et médico-sociale importante », rappelle Thierry Beaudet. « Les complémentaires pourraient également apporter de l’efficience au système, si on leur donnait les moyens de mettre en place une politique de gestion du risque», estime Gilles Johanet, procureur général près de la Cour des comptes. À ce titre, il a plaidé pour une ouverture plus large des données de santé aux OC. « Un conventionnement entre les mutuelles et les professionnels de santé pourrait aussi faire partie des pistes à explorer », a abondé Thierry Beaudet.