« La Sociale », un hommage revigorant à la Sécu

PARIS, 4 novembre 2016 (AFP) – Rendre hommage aux artisans de la Sécurité sociale, en premier lieu le communiste Ambroise Croizat, tombé dans l’oubli: La Sociale, en salles mercredi, est un documentaire émouvant et revigorant, qui célèbre cette aventure humaine et solidaire lancée au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

« Vivre sans l’angoisse du lendemain, de la maladie ou de l’accident de travail » en « cotisant selon ses moyens et en recevant selon ses besoins ». Dans un documentaire engagé, le réalisateur de « La Sociale », Gilles Perret, ravive les principes fondateurs de la Sécu avec en fil roug, le témoignage d' »un des derniers poilus » de l’époque, Jolfred Fregonara.

« Je voulais faire un film positif, on grogne sans cesse, on dit que tout va mal, mais le film montre que quand on se met tous ensemble, on arrive à créer de la solidarité et un rapport de forces », défend Gilles Perret, auteur d’une douzaine de documentaires dont le dernier, « Les jours Heureux », était consacré au Conseil national de la Résistance (CNR).

Après les affres de la guerre, ce projet pour « une société juste et solidaire », inscrit dans le programme du CNR, rassemble communistes, chrétiens démocrates, gaullistes, socialistes. L’élan populaire réussit à vaincre les craintes du patronat, des médecins, des mutuelles, etc, rappelle le film projeté dans une quarantaine de salles.

Le regard malicieux, Jolfred Fregonara, ex-ouvrier métallurgiste, raconte avec un entrain communicatif comment en 1946 il a reçu les consignes du ministre du Travail, Ambroise Croizat, pour mettre en oeuvre la caisse de Haute-Savoie.

– Des obsèques à la Hugo –

Dans une scène finale émouvante, le nonagénaire, décédé depuis la fin du tournage, transmet aux futurs dirigeants des caisses de la Sécu en formation à Saint-Etienne, « l’esprit d’engagement » de l’époque.

Un combat joyeux dans lequel Ambroise Croizat occupe la première place, souligne le film soucieux de réhabiliter celui qui, aux côtés du haut-fonctionnaire gaulliste Pierre Laroque, met sur pied le système de protection sociale et est tombé aujourd’hui dans l’oubli. Pourtant, à sa mort en 1951, à 50 ans, il a eu « un enterrement à la Victor Hugo », raconte le sociologue Bernard Friot.

On découvre ainsi l’incroyable parcours de cet ouvrier métallurgiste cégétiste qui proclame que « la retraite ne doit plus être l’antichambre de la mort, mais une nouvelle étape de la vie ».

Reprenant le flambeau de son père organisateur au début du XXe siècle de la première grande grève pour la protection sociale, Ambroise Croizat est élu député communiste de Paris pendant le Front populaire, avant d’être incarcéré et envoyé pendant deux ans au bagne d’Alger au début de la guerre.

« J’ai souhaité incarner cette histoire en montrant sa dimension politique, pas comptable, car c’est vrai que sur le papier, la Sécu c’est pas très sexy », commente Gilles Perret.

En racontant la construction de la Sécu, le réalisateur entend aussi la défendre face aux critiques et aux tentatives de faire de la santé « un marché ».

« Quand ils ont créé la Sécu en 1945, la seule question qu’ils ne se sont pas posée c’est combien ça allait coûter. On estimait que c’était trop important d’avoir accès à la santé et des retraites décentes. Aujourd’hui c’est l’inverse », constate Gilles Perret, déplorant que les politiques ne parlent désormais plus que de son « trou ».

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