Le budget 2019 dans les mains de l’Assemblée, guérilla sur le pouvoir d’achat

PARIS, 15 octobre 2018 (AFP) – L’Assemblée nationale démarre lundi après-midi le marathon budgétaire, deuxième du quinquennat d’Emmanuel Macron. Le gouvernement met en exergue une baisse d’impôts de 6 milliards pour les ménages, tandis que les oppositions dénoncent des mesures « anti-pouvoir d’achat ».

Les ministres Bruno le Maire (Économie) et Gérald Darmanin (Comptes publics) sont attendus pour le coup d’envoi à 16H00.

Le premier volet du projet de loi de finances pour 2019, sur les impôts et taxes, va être examiné toute la semaine, avec plus de 2.000 amendements au menu, soit près du double de l’an dernier. Le vote solennel est programmé mardi 23 octobre.

« L’objectif à long terme de ce budget, c’est de construire une nouvelle prospérité », bénéficiant « à tous les Français » mais qui « ne doit pas reposer sur plus de dépenses publiques et plus d’impôts », prône M. Le Maire.

Le cap a été fixé l’année dernière pour la durée du quinquennat: réduction de la dette et des dépenses publiques accompagnée d’un allègement de la fiscalité sur le capital pour l’orienter vers l’investissement.

Ce PLF a été néanmoins délicat à confectionner, entre croissance revue à la baisse (1,7 % attendus par Bercy contre 1,9%) et engagements européens. Le déficit public devrait atteindre 2,8% du PIB l’an prochain contre 2,6% en 2018.

Alors que la politique d’Emmanuel Macron est perçue comme inégalitaire par une partie de l’opinion, M. Darmanin vante la réduction d’impôts prévue de 6 milliards d’euros pour les ménages, « plus grande baisse » depuis 2008.

Et ce, dans un contexte où les prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales) battent des records: ils ont dépassé pour la première fois les 1.000 milliards d’euros en 2017, a relevé le rapporteur général, Joël Giraud (LREM). Ils ont cette année-là atteint leur « point le plus haut » en représentant 45,3% du PIB – taux qui devrait retomber à 45% du PIB en 2018 et à 44,2% du PIB en 2019.

– « Trompe-l’oeil » –

Le ministre des Comptes publics met en avant « la deuxième tranche de suppression de la taxe d’habitation », « le plein effet des baisses de cotisations sociales », « le coup de pouce aux heures supplémentaires » et « la mesure de correction de la contribution sociale généralisée » (CSG), geste fiscal pour 300.000 retraités.

Des députés LREM veulent aller plus loin en direction des plus modestes et suggèrent notamment « une assurance contre le veuvage », afin de compenser la suppression en 2008 de la demi-part fiscale des veuves.

Pour leur part, les oppositions crient au mensonge sur les 6 milliards de baisse d’impôts, un « trompe-l’oeil » pour LR, un tour de « passe-passe » pour le PS, voire une « arnaque » selon la gauche de la gauche qui défendra d’emblée deux motions préalables.

Le gain de pouvoir d’achat pour les ménages est estimé à 3,5 milliards, en prenant en compte notamment le quasi-gel des pensions de retraites et des allocations selon une l’Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE). L’Institut des politiques publiques (IPP) table même sur un montant de 1,2 milliard d’euros, en incluant la hausse des taux de cotisation pour les retraites complémentaires des salariés du privé.

– Grogne sur la taxe d’habitation –

Les oppositions veulent être les porte-voix des Français, notamment des retraités qui se préparent à manifester jeudi, pour la quatrième fois en un an, contre les choix budgétaires du gouvernement.

La polémique autour des taxes d’habitation en hausse dans certaines communes devrait aussi alimenter les débats, le gouvernement rejetant la responsabilité aux édiles. L’Association des maires de France a dénoncé une « campagne de dénigrement enclenchée par les groupes se réclamant du parti majoritaire autour du hashtag #BalanceTonMaire » sur les réseaux sociaux.

Selon les Insoumis, c’est la « saison 2 » du « budget des riches ». Ils pointent en particulier des « cadeaux fiscaux supplémentaires aux entreprises sans contrepartie », pour quelque 18,8 milliards d’euros – via la diminution de l’impôt sur les sociétés et la transformation du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en baisses de charges.

Le prélèvement à la source à partir du 1er janvier prochain, dont les effets sur les ménages sont discutés, nourrira dans la soirée les premiers échanges dans l’hémicycle.

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