Le climat social tendu affecte le moral des entreprises en France

PARIS, 23 juin 2016 (AFP) – Le climat social tendu a pesé en juin sur le moral des chefs d’entreprises et l’activité du secteur privé en France, un bémol dans le contexte de reprise économique qui n’annonce toutefois pas pour l’heure un franc retournement de tendance.

Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), l’indicateur du climat des affaires en France, calculé à partir d’une enquête auprès de chefs d’entreprise des principaux secteurs d’activité, s’est replié de deux points en juin, à 100 points.

De son côté, le cabinet Markit, qui publie chaque mois un indice des directeurs d’achat (PMI), a fait état du premier recul depuis quatre mois de l’activité du secteur privé: son indice dit « flash composite » de l’ensemble de l’activité – industrie et services – s’est établi à 49,4 points, signalant un « taux de contraction marginal ».

Deux nouvelles qui viennent malmener l’idée chère à François Hollande selon laquelle « ça va mieux » en France, à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2017.

Selon Jack Kennedy, économiste chez Markit, cité dans un communiqué, les entreprises mentionnent « leurs difficultés face à un environnement peu favorable à la demande, malgré l’embellie provisoire liée au déroulement de l’Euro 2016 dans l’Hexagone ».

Pour leur part, les prestataires de services se disent préoccupés « par les tensions sociales et l’incertitude économique actuelles », souligne Markit.

La France est le théâtre depuis plusieurs semaines de mouvements sociaux contre la loi travail, qui ont notamment mené fin mai à des blocages de raffineries, des pénuries de carburants et des perturbations sur les routes, dans les ports et les centrales nucléaires.

Des raisons aussi avancées par Vladimir Passeron, chef du département de la conjoncture à l’Insee, pour expliquer la baisse du moral des chefs d’entreprises en juin.

Selon l’institut statistique, le climat des affaires dans l’industrie manufacturière perd deux points à 102 points. « Quand on regarde dans le détail, on voit que ça baisse dans les branches qui ont été affectées par les grèves et notamment l’industrie du raffinage », a déclaré à l’AFP M. Passeron.

– Incertitudes en juin –

Mais l’indice mesuré dans certains sous-secteurs de l’industrie manufacturière, tels que la chimie, liée au raffinage, a aussi subi un recul. « Certaines branches ont pu se dire que l’effet des grèves, même s’il n’y en avait pas dans ces branches-là, pouvait les conduire à ralentir leur activité au cours des prochains mois », a avancé M. Passeron.

Dans les services, le repli est quasi généralisé, avec un indice perdant pour sa part trois points à 98 points, les chefs d’entreprise étant plus nombreux que le mois précédent à anticiper une baisse de la demande pour les prochains mois. Outre l’impact du climat social, « il y avait pas mal d’incertitudes sur le mois de juin », sur l’organisation de l’Euro 2016 ou encore le Brexit, a relevé M. Passeron.

Selon Hélène Baudchon, économiste chez BNP Paribas, si effectivement le climat social a pesé sur le moral des chefs d’entreprises, « le repli du climat des affaires s’inscrit aussi dans l’idée que nous avons que l’activité sur l’ensemble du deuxième trimestre devrait subir un contrecoup après le premier trimestre ».

La croissance française s’est en effet établie à 0,6% sur les trois premiers mois de 2016. Pour le deuxième trimestre, l’Insee table sur un ralentissement, avec une hausse du produit intérieur brut limitée à 0,3%.

« En même temps, cela ne change pas la donne et ne remet pas en cause le fait que l’économie soit dans une trajectoire de reprise modérée, qui est soumise à plusieurs vents contraires », a souligné Mme Baudchon. « On reste dans un environnement de croissance qui a un peu de mal à accélérer, en particulier parce qu’on est dans un environnement international peu porteur », a-t-elle insisté.

Ce repli ne signale « pas forcément un retournement », abonde M. Passeron, qui appelle à vérifier dans les prochains mois s’il s’agit d’une « incertitude accrue en juin sans que la tendance ne change, ou de l’annonce d’un retournement de la dynamique conjoncturelle ».

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