Le confinement a aggravé la précarité d’une partie des jeunes

MONTREUIL, 9 mai 2020 (AFP) – Avec le confinement, les missions locales ont « perdu le lien » avec une partie des jeunes précarisés mais il sera possible de les récupérer, témoigne Pascal Bouxirot, directeur de la mission intercommunale de Montreuil (Seine-Saint-Denis) où 5.300 jeunes de 16 à 25 ans ont été accompagnés en 2019.

Q: Avez-vous pu garder le contact avec vos jeunes pendant le confinement ?

R: On a tout fait pour maintenir un lien par téléphone, mail ou visio. On a par exemple expérimenté en visioconférence nos ateliers sur les notions de savoir être, de technique de recherche d’emploi, etc.

Malheureusement, beaucoup de jeunes n’ont pas accès à internet, ils n’ont pas de smartphone avec une connexion 3G, etc. On a toute une population précarisée avec qui on a perdu le lien.

En outre, c’est compliqué de motiver les jeunes quand les entreprises sont fermées et les formations annulées…

On a dû arrêter les entrées en Garantie jeunes (ndlr, dispositif d’insertion pour les jeunes sans emploi ni formation avec un accompagnement renforcé pendant un an et une allocation mensuelle de 497 euros) car cela nécessite un accompagnement collectif, c’est un élément important du cahier des charges.

On y faisait rentrer des cohortes de 10 à 15 jeunes quatre ou cinq fois chaque mois. Avec les consignes sanitaires, je ne vais plus pouvoir mettre 15 jeunes dans des salles de 20m2, donc nos objectifs vont être réduits.

Q: Le confinement a-t-il encore précarisé leur situation ?

R: Le confinement a clairement précarisé encore plus une population qui l’était déjà dans le 93. Pendant cette période, on a surtout fait de l’action sociale.

La demande principale des jeunes, comme ils n’avaient pas accès à l’emploi et la formation, c’était l’aide financière. On a mobilisé 70.000 euros d’aide directe, en mars comme en avril, à raison d’un maximum de 490 euros par personne. On a aussi mis quatre jeunes à l’hôtel qui s’étaient retrouvés dehors.

On nous a bien sollicités sur des offres d’emploi, par exemple pour des postes d’auxiliaires de vie par l’un des plus gros gestionnaires d’Ehpad.

Mais on a eu un débat en interne: d’un côté c’est de l’emploi mais en même temps si c’est envoyer des jeunes au casse pipe dans des postes pas sécurisés. Notre position dans le 93 a été de ne pas diffuser les offres pour ne pas rajouter des problématiques de santé envers un public précaire qui a déjà des difficultés d’accès aux soins.

Q: Comment pensez-vous rattraper ceux que vous avez perdus ?

R: Je ne m’inquiète pas trop pour ça. Cela dépendra de notre habileté à communiquer, à les informer qu’on est rouvert, à s’appuyer sur nos partenaires… Ces jeunes là ont souvent plusieurs accompagnements (assistance sociale, éducateur de rue).

Avec l’Education nationale, les choses ont aussi beaucoup avancé. On reçoit des listes de jeunes identifiés chez eux en décrochage, ils nous passent le relais, ça permet d’éviter de les perdre en route. Et ça va être renforcé par l’obligation de formation jusqu’à l’âge de 18 ans qui doit entrer en vigueur en septembre.

Traditionnellement on a une activité d’enfer en septembre – octobre, ça risque encore d’être plus le cas cette année. Est-ce qu’on aura des réponses à apporter en face en termes d’entreprises et de formation ? C’est encore difficile à dire…

J’ai plutôt tendance à me dire que dans des périodes de crise les employeurs ont besoin de gens motivés, que les jeunes seront motivés pour reprendre un boulot, que l’intérim sera peut-être pas mal sollicité… On verra.

far/lum/mm