Le confinement provoque une hausse exceptionnelle, mais en trompe l’oeil, du chômage en avril

 PARIS, 28 mai 2020 (AFP) – Le confinement a provoqué une hausse exceptionnelle de 22% du nombre de chômeurs (inscrits en catégorie A à Pôle emploi) en avril, mais qui s’explique aux trois quarts par le transfert de demandeurs d’emploi précédemment inscrits en activité réduite (B et C).

Au total, l’effectif des catégories A, B et C ne s’accroît « que » de 3,6%, ce qui constitue néanmoins la plus forte hausse mensuelle des trois catégories ensemble jamais enregistrée. Et il franchit pour la première fois la barre des six millions à 6,064 millions, soit 209.300 de plus qu’en mars.

Le confinement a compliqué la tâche des statisticiens de l’emploi.

Il a en effet provoqué une baisse en trompe l’oeil du taux de chômage calculé par l’Insee, car la plupart des gens ont arrêté de rechercher un emploi pendant cette période, l’un des critères pour être considéré chômeur au sens du BIT. Mais il a au contraire entraîné une hausse en apparence vertigineuse du nombre de chômeurs à Pôle emploi.

Du fait du confinement intégral en avril, beaucoup de salariés en contrats courts (intérim ou CDD), qui étaient déjà inscrits en catégories B (activité réduite de moins de 78 heures) et C (plus de 78 heures) n’ont plus travaillé du tout et ont basculé en A.

En conséquence, le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A, qui a déjà connu une hausse historique de 7,1% en mars, a augmenté de 22,6% pour s’établir à 4,575 millions, un nouveau record. Mais le nombre de ceux en activité réduite (B, C) a lui diminué fortement (-29,9%).

« Ainsi, trois quarts de la hausse en catégorie A est liée à des demandeurs d’emploi en activité réduite (catégories B et C) le mois précédent et qui ont cessé toute activité », explique Pôle emploi.

Le quart restant est le résultat de la différence entre les entrées directes en catégorie A de personnes non inscrites en mars et les sorties de Pôle emploi.

Or, avec une chute de 35%, les sorties de Pôle emploi ont atteint « leur minimum historique » selon l’opérateur, du fait d’une chute des embauches, des entrées en stage ou en formation.

Bien qu’elles restent supérieures aux sorties, les inscriptions à Pôle emploi ont, elles aussi, fortement diminué (-19%).

« Certaines personnes ont sans doute, compte tenu de la situation, différé leur entrée sur le marché du travail », souligne Pôle emploi. Les entrées pour fin de mission d’intérim ou fin de contrat reculent (-18.000 et -4.600) « mais restent à des niveaux élevés ».

– Mesures pour l’apprentissage –

Le ministère du Travail a jugé cette hausse du chômage « prévisible » car le confinement a conduit « à des non-renouvellements de missions d’intérim ou de contrats courts ainsi qu’à une baisse des embauches en contrats de courte durée ».

« Le chômage augmente donc parce que les entreprises, dans le contexte actuel, n’embauchent plus, mais pas parce qu’elles licencient massivement », du fait de la mise en place d’un système très large de chômage partiel qui a bénéficié à 8,6 millions de salariés en avril, en conclut-il.

Néanmoins, les perspectives pour les prochains mois sont sombres, en premier lieu pour les jeunes de moins de 25 ans, les plus touchés par la hausse (+ 29,4%).

« La crise sanitaire, elle se transforme, comme on le prévoyait, en une crise économique et sociale qui peut être profonde », a reconnu jeudi sur BFMTV la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

Son ministère a indiqué qu’un plan de relance de l’apprentissage, secteur dont la dynamique risque d’être percutée de plein fouet par la crise, serait présenté « d’ici la fin de la semaine prochaine ».

Pour les demandeurs d’emploi, au-delà des mesures d’urgence prises pendant le confinement comme la prolongation des droits jusque fin mai, le ministère « examine les propositions des organisations syndicales et patronales pour adapter rapidement nos règles d’assurance chômage ».

Les syndicats réclament unanimement l’abandon de la réforme de l’assurance chômage, et notamment son second volet, qui durcit le calcul de l’allocation pour les travailleurs alternant contrats courts et périodes de chômage. Le gouvernement ne l’a pour l’instant que reporté d’avril à septembre.

Plusieurs associations de chômeurs réclament, eux, « une année blanche » à l’image de ce qui a été annoncé aux intermittents du spectacle, qui bénéficieront d’une prolongation de leurs droits jusqu’à la fin août 2021.

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