« Le danger est là »: à Paris, les éboueurs s’adaptent face au coronavirus

PARIS, 5 mai 2020 (AFP) – Aux canettes, mégots et papiers abandonnés sur les trottoirs viennent désormais s’ajouter gants et masques: depuis le début de la crise sanitaire, les éboueurs s’adaptent pour continuer à nettoyer les rues malgré le « danger » du virus.

Gilet jaune et masque blanc, les deux « ripeurs » s’accrochent au camion qui s’élance dans les rues silencieuses, à 6H30. Sous un ciel marbré de nuages, ils font rouler les poubelles les unes après les autres dans le mugissement de la machine. Autour d’eux, de rares voitures, l’employé ganté d’une supérette installe ses étals, une riveraine masquée part au travail, un père et son fils commencent leur jogging.

« D’un côté, c’est un mal pour un bien: on travaille sans stress, il y a moins de voitures, de passants… mais d’un autre côté, le risque est là, le danger est là et c’est pas évident », résume Jimmy Lebeau, 41 ans, qui était, il y a encore quelques mois, agent des services hospitaliers (ASH).

« Quand on vient ici, on a peur comme tout le monde » mais « on fait le nécessaire pour la ville, parce que si on laissait monter les ordures, il y aurait encore plus de problèmes », estime son collègue, Fred Romil, 44 ans.

Depuis la mi-mars, les éboueurs municipaux continuent de collecter les déchets dans la moitié des arrondissements parisiens – le reste est géré par le privé – mais ils ont transformé leur façon de travailler.

Dans cet atelier du XIVe arrondissement, ils ne sont que six contre vingt habituellement: les agents travaillent par roulement. L’équipe du matin finit plus tôt pour de ne pas croiser celle de l’après-midi. Les véhicules, les locaux sont désinfectés. On porte des masques et des sous-gants.

Environ 1.000 agents sont sur le terrain chaque jour contre 3.500 en temps normal, précise Paul Simondon, adjoint à la propreté de la mairie de Paris. Au total, 117 agents de la propreté ont contracté le Covid-19. Deux en sont décédés.

– « On est vu autrement » –

Depuis sept semaines, sur toute la capitale, le tonnage collecté a diminué de 38% du fait, surtout, de l’absence des « activités de tourisme, de restauration », indique l’élu.

Bacs verts, bacs jaunes: « Il n’y a plus de tri sélectif » donc « on fait les deux », lance Mickaël, le conducteur de la benne, dans le vacarme du moteur et de la radio. Sur une poubelle, un papier blanc a été scotché: « Merci à ceux qui s’occupent de nous ». Sur un autre: « L’équipe de héros, bravo et merci ».

« Il y en a qui nous proposent un café », « on a des félicitations, il y en a qui passent et disent: +bon courage, heureusement que vous êtes là+ », raconte Richard Moothery. « On est vraiment vu autrement », se réjouit cet homme entré « il y a 33 ans » à la Ville.

Dans le même arrondissement, il conduit un petit engin de nettoyage qui aspire les ordures évacuées du trottoir par son collègue, à l’aide d’une lance à eau. Depuis le 19 avril et la découverte de traces « infimes » de coronavirus dans l’eau non potable, les agents n’utilisent plus que de l’eau potable, qui provient d’un réseau séparé.

Pendant la crise, « la Ville a pris des mesures mais elle a sous-estimé les choses », estime Régis Vieceli de la CGT FTDNEEA, syndicat majoritaire de la profession. Elle a « surexposé un certain nombre d’agents pour des missions non-essentielles », assure-t-il, demandant des « tenues jetables », plus de visières et de masques, notamment pour le déconfinement qui arrive.

La mairie affirme avoir distribué « chaque semaine environ 25.000 masques, 15.000 paires de gants jetables et 100 litres de gel hydroalcoolique » et assure que les « demandes d’équipements supplémentaires ont été entendues ».

La municipalité a aussi promis une prime de 35 euros par jour travaillé pour ses agents sur le terrain. Les éboueurs gagnent en moyenne entre 1.500 et 2.100 euros par mois.

« Comme tout le monde », ils disent avoir « hâte » d’être au 11 mai. Mais pour le « jour d’après », ils restent prudents, voire sans illusions. Klaxons, impatience, agressivité… « On sait que quand ça sera fini, les habitudes vont reprendre », lâche Mickaël.

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