Le déficit des retraites va s’envoler en 2020 à cause du coronavirus

PARIS, 12 juin 2020 (AFP) – Le déficit du système de retraite devrait atteindre un niveau record en 2020, en raison de la crise provoquée par le coronavirus. De quoi inquiéter les syndicats, alors que l’Elysée souffle le chaud et le froid sur l’avenir de sa réforme.

D’après une estimation provisoire publiée vendredi par le Conseil d’orientation des retraites (COR), le solde des régimes de retraite toutes catégories confondues devrait atteindre le niveau record de -29,4 milliards d’euros en fin d’année.

C’est 25,2 milliards d’euros de plus que la fourchette initialement prévue (-4,2 milliards), rappelle l’organisme chargé de l’évaluation et du suivi des retraites, qui attribue cette forte dégradation aux effets de la crise sanitaire.

Avec les 55 jours de confinement, des « pans entiers de l’économie » française ont été « mis à l’arrêt », rappelle le COR. Cette situation inédite est venue heurter de plein fouet l’équilibre des caisses de retraite, financées par les cotisations sociales des actifs.

Sur l’ensemble de l’année 2020, la « masse des rémunérations » versées aux Français devrait ainsi chuter de 8,5%. Dans ce contexte, les recettes des régimes de retraite devraient plafonner à 310,8 milliards d’euros, soit 25,7 milliards de moins que ce qui était initialement anticipé.

Tous les régimes ne seront cependant pas touchés de la même manière, selon le COR. Pour les salariés du secteur privé, dépendant de l’Agirc-Arrco, le déficit devrait atteindre 27,2 milliards d’euros. Les régimes spéciaux et la fonction publique seront à l’inverse épargnés par la crise.

Les dépenses, par ailleurs, devraient être un peu moins élevées que prévu: elles atteindraient 340,2 milliards d’euros, soit 500 millions de moins que la dernière estimation. Une différence liée à la forte mortalité observée ces derniers mois chez les personnes âgées.

Ces résultats sont « susceptibles d’être ultérieurement révisées de manière significative », précise toutefois le COR, qui évoque un « premier bilan » marqué « par de très fortes incertitudes », tant sur « le devenir de la maladie » que sur « les effets économiques de la crise ».

– Déficit conjoncturel –

Quelle que soit l’ampleur finale du déficit, ces projections – qui s’ajoutent à une série de prévisions très sombres pour les finances publiques – compliquent un peu plus la donne pour l’exécutif, qui a suspendu sine die sa réforme des retraites à cause du coronavirus.

Dans son dernier scénario, sur lequel l’exécutif s’était appuyé pour bâtir sa réforme, le COR avait prévu un déficit compris entre 8 et 17 milliards d’euros en 2025. Pour 2030, il prévoyait un dérapage de 27 milliards dans le pire des scénarios.

La forte dégradation héritée de la crise sanitaire va-t-elle pousser le gouvernement à remettre sa réforme sur l’établi? Va-t-elle le convaincre d’introduire dans son projet une nouvelle « mesure d’âge » destinée à trouver des économies?

« A ce stade, il est difficile de se projeter sur l’avenir financier des retraites », car « une grande partie du déficit est conjoncturelle », juge Eric Heyer, chercheur à l’OFCE. Mais « il est possible que le gouvernement dise: +Il va falloir faire un peu plus d’efforts pour financer les retraites+ ».

Une perspective à laquelle s’opposent les syndicats. « S’il y a un problème aujourd’hui, c’est parce qu’il y a des reports et des exonérations de cotisations, pas parce que les dépenses augmentent », souligne Dominique Corona, négociateur retraites de l’Unsa.

« On n’est pas sur un déséquilibre structurel », ajoute le syndicaliste, pour qui l’Etat doit « compenser » les pertes subies. En outre, « la réforme des retraites n’était pas faite pour des raisons financières. Donc la remettre sur la table à cause du déficit n’a pas de sens ».

Cette réforme, qui prévoit d’instaurer un système universel censé remplacer les nombreux régimes existants, « n’a jamais été enterrée », assure le député LREM Guillaume Gouffier-Cha, rapporteur général du projet de loi. Pour lui, « la question maintenant, c’est comment et quand », avec un calendrier parlementaire encombré.

Les numéros un des principaux syndicats ont cependant mis en garde contre une relance de cette réforme controversée. « L’avenir de cette réforme, c’est le placard, c’est là qu’elle sera le mieux », a balayé François Hommeril, président de la CFE-CGC.

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