Le fonctionnement de la justice « durablement désorganisé » par la grève des avocats (hauts magistrats)

PARIS, 20 février 2020 (AFP) – Le fonctionnement de la justice est « fortement dégradé » et « durablement désorganisé » par la grève des avocats contre la réforme des retraites, qui est dans sa septième semaine, s’inquiètent jeudi dans un communiqué les magistrats présidant les conférences nationales des chefs de cour et de juridiction.

Ces hauts magistrats « appellent à trouver dans les plus brefs délais possibles les voies de résolution de cette crise ».

Les avocats ont entamé début janvier une grève dure et inédite contre la réforme des retraites qui va voir doubler les cotisations des avocats gagnant moins de 40.000 euros par an. Le mouvement a conduit au renvoi de milliers d’audiences et aggrave l’engorgement des tribunaux.

« Les renvois en nombre de dossiers audiencés, les demandes massives déposées dans le champ du contentieux des libertés désorganisent durablement le traitement des dossiers civils et pénaux, au détriment des intérêts des justiciables », écrivent ces magistrats, qui expriment « leur plus vive inquiétude ».

« Le fonctionnement courant du système judiciaire déjà fragile s’en trouve fortement dégradé », ajoutent-ils.

Le communiqué est signé par quatre hauts magistrats, dont Marie-Suzanne Le Quéau, présidente de la conférence nationale des procureurs généraux et procureure générale près la cour d’appel d’Aix-en-Provence, et Xavier Ronsin, président de la conférence nationale des premiers présidents et premier président de la cour d’appel de Rennes.

Le mouvement des avocats « ne vise qu’à exercer des pressions sur le gouvernement » et les juridictions sont les « victimes collatérales d’un conflit sur lequel elles n’ont aucune prise », regrettent les magistrats.

« Ces actions de contestation font peser sur les personnels de greffe des charges de travail supplémentaires injustifiées qui accroissent leur mal-être alors que le taux de vacance de leurs effectifs est déjà trop important », soulignent-ils. Des magistrats et des greffiers ont ressenti « des pressions inacceptables » lors d’interventions d’avocats, critiquent ces magistrats, qui expriment « leur soutien à l’ensemble des personnels de greffe et magistrats des juridictions ».

Ces présidents des conférences nationales des chefs de cour et de juridiction se disent « prêts à participer à toute réflexion » sur l’avenir de la profession d’avocats.

Plusieurs barreaux ont reconduit le mouvement de grève, certains jusqu’en mars, alors que le conseil national des barreaux (CNB), qui représente les 70.000 avocats français, dénonce un dialogue de sourds avec la chancellerie.

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