Le Smic augmentera de 11 euros en janvier, sans « coup de pouce »

PARIS, 19 décembre 2016 (AFP) – Une nouvelle année sans « coup de pouce »: le gouvernement a annoncé lundi une hausse du Smic de 0,93% au 1er janvier, soit une revalorisation de 11 euros net par mois. Depuis l’élection de François Hollande, le salaire minimum a augmenté de 56 euros.

Début 2017, le Smic horaire passera de 9,67 à 9,76 euros brut, a annoncé la ministre du Travail Myriam El Khomri aux partenaires sociaux. Un salarié rémunéré au Smic touchera ainsi 1.480,27 euros brut mensuels. Après déduction des cotisations sociales, il recevra 1.153 euros sur son compte bancaire, soit une hausse de 11 euros par rapport à 2016.

Cela lui « permettra généreusement d’acheter 10 baguettes tradition de plus », a ironisé Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO, dans un tweet.

Comme lors des quatre dernières revalorisations, le gouvernement n’a pas accordé de « coup de pouce », se contentant d’appliquer le calcul de hausse mécanique du Smic, qui dépend de l’inflation et de l’évolution des salaires pour les ménages les plus modestes.

Malgré des « signes vraiment encourageants » pour l’économie française, les perspectives « restent soumises à de nombreux aléas », a expliqué Mme El Khomri aux partenaires sociaux, citant, selon le texte de son discours, des incertitudes liées aux « prix du pétrole », aux « taux de change » et aux « taux d’intérêt ».

Souhaitant « couper court aux procès en trahison », la ministre a, par ailleurs, considéré « qu’un +coup de pouce+ au Smic n’est pas la meilleure solution pour améliorer le pouvoir d’achat de nos concitoyens », lui préférant notamment une « baisse de la fiscalité » ou « la prime d’activité », qui a fusionné début 2016 le RSA activité et la prime pour l’emploi.

– ‘Indécent’ –

Myriam El Khomri a ainsi repris les arguments du groupe d’experts sur le Smic, une instance composée d’économistes consultée avant chaque revalorisation annuelle. Cette année encore, le groupe avait déconseillé d’aller « au-delà de la formule légale d’indexation » du Smic, pour ne pas introduire « un risque de déstabilisation » dans un contexte économique « encore fragile ». Il avait aussi jugé la « prime d’activité » plus « efficace » pour lutter contre la pauvreté.

L’exécutif n’a pas accédé aux revendications de la CGT, de Force ouvrière et de la CFTC, qui réclamaient d’aller au-delà de la hausse mécanique. La CFDT et la CFE-CGC, elles, n’avaient pas demandé de « coup de pouce ».

« Particulièrement déçu », Boris Plazzi (CGT) a jugé la hausse « indécente vis-à-vis des salariés qui peinent à survivre avec un Smic ». Son syndicat réclamait un Smic à 1.800 euros brut.

« Encore une fois, les salariés n’ont pas été entendus », a déploré Marie-Alice Medeuf-Andrieu, pour FO, qui voulait porter le Smic à « 80% du salaire médian », soit 1.426,40 euros nets. « Le gouvernement aurait pu profiter de la fin du quinquennat pour rétablir l’équilibre et démontrer aux salariés qu’ils ne sont pas les seuls à payer la crise, mais non. »

Pierre Jardon (CFTC) a, lui aussi, « vivement regretté » une décision qui « ne permettra pas de redonner confiance en la valeur travail et d’agir efficacement contre la pauvreté ». Son syndicat plaidait, salaire et prestations sociales confondus, pour un « revenu de dignité », évalué entre 1.400 et 1.600 euros nets par mois pour une personne seule.

L’exécutif n’a plus accordé de « coup de pouce » au Smic depuis le 1er juillet 2012. Au lendemain de l’élection de François Hollande, le salaire minimum avait été revalorisé de 2%, au lieu de 1,4%.

Depuis le début du quinquennat, dans un contexte de très faible inflation, le Smic a augmenté d’environ 56 euros net par mois (+5,1%). Sur la même période, les prix n’ont augmenté que de 1,1% pour les ménages les plus modestes.

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