Le sort de l’assurance chômage suspendu au bon vouloir du Medef

PARIS, 14 octobre 2016 (AFP) – Quatre mois après l’échec des négociations sur l’assurance chômage, le gouvernement ne semble pas pressé de reprendre la main sur un dossier brûlant, préférant pousser les partenaires sociaux à se remettre autour de la table. Mais ce scénario est suspendu au bon vouloir du Medef.

Manuel Valls a prévenu début octobre que si syndicats et patronat ne trouvaient pas d’accord, le gouvernement prendrait lui-même des mesures, évoquant notamment le « recours excessif » aux contrats courts – sans donner toutefois d’échéance.

C’est sur ce sujet que les négociations avaient achoppé en juin, le Medef s’opposant catégoriquement à toute modulation des cotisations patronales sur ces contrats (CDD, intérim…) qui ont pris un poids prépondérant dans le marché du travail, et pèsent sur les comptes de l’Unédic, en déficit de 3 à 4 milliards d’euros par an. Depuis, la première organisation patronale campe sur cette même ligne.

La semaine dernière, le président du Medef Pierre Gattaz s’est dit « prêt à reprendre les négociations », tout en réitérant son opposition ferme à une taxation des contrats courts. Seule concession envisagée : discuter de la « permittence » (succession organisée de contrats courts et de périodes de chômage), « par exemple en revenant sur le mode de calcul des indemnités chômage ».

Mais pas question pour les syndicats de négocier dans ces conditions : « soit on rouvre une négociation où les champs des possibles sont totalement ouverts (…), soit le Medef pose des interdits, des tabous, et la négociation n’aura pas lieu », a averti jeudi le leader de la CFDT Laurent Berger.

Ce statu quo embarrasse le gouvernement. Après l’échec des négociations en juin, il a prolongé la convention d’assurance chômage pour une durée indéterminée, faisant une croix sur les 800 millions d’euros d’économies espérées dès 2016, conformément à ses engagements auprès de Bruxelles.

Depuis la rentrée, il pousse les partenaires sociaux à se remettre autour de la table. La ministre du Travail Myriam El Khomri les a reçus tour à tour en septembre et les a enjoints à ne pas rater ce « rendez-vous historique », sans succès pour l’instant.

Le ministre des Finances Michel Sapin a pour sa part jugé jeudi qu’il restait « des perspectives que la négociation puisse se rouvrir » et que « dès lors », l’État n’avait « à dicter aucune condition ».

– Patate chaude –

Le gouvernement avertit toutefois qu’il « prendra ses responsabilités » en cas d’échec. Plusieurs pistes seraient à l’étude : taxer l’abus des contrats courts, pour ménager les syndicats après l’âpre bataille sur la loi travail; ou accompagner la mesure d’une baisse des allocations des demandeurs d’emploi, ce qui contenterait le patronat mais serait une ligne rouge pour les syndicats.

Mais rien ne semble bouger pour l’heure, ni côté exécutif, pas pressé de récupérer la patate chaude, ni côté Medef, en proie à des querelles internes.

La question sera discutée lundi lors d’un conseil exécutif. « Mais il y aura une probabilité assez faible qu’on fasse une proposition de réouverture des négociations », a indiqué à l’AFP une source interne.

Selon plusieurs sources interrogées par l’AFP, le Medef ne changera pas sa position avant la présidentielle, alors que les candidats de la droite plaident tous en faveur d’une dégressivité des allocations chômage.

« Ce serait stratégiquement stupide » de bouger maintenant, « ça montrerait qu’on est des mous du genou », a confié, sous couvert d’anonymat, un responsable de l’organisation patronale.

Mais ce pari présente « le risque que le gouvernement aille sur une ligne plus dure de hausse des cotisations » en cas d’intervention, estime une autre source.

Une crainte est partagée par les autres organisations patronales qui, elles, plaident pour une reprise des discussions. « Le jour où on laissera les clés à l’État, ça ne sera pas bon pour nous. Car il connaît forcément moins bien que nous la réalité de l’entreprise », souligne Pierre Burban, secrétaire général de l’UPA (artisans).

A la CGPME, on « essaie de dépassionner le sujet, de voir techniquement où sont les mesures d’économie, en évitant de surenchérir le travail », explique son numéro un, François Asselin, qui « espère trouver une solution avant » la présidentielle.

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