Le tandem Hollande-Vall joue la fin du quinquennat sur la loi travail

PARIS, 24 mai 2016 (AFP) – Maintenir la loi Travail, au risque de se couper d’une partie de la gauche et des syndicats: alors que le mouvement social se tend dans les raffineries, le tandem Hollande-Valls, pour qui se joue la fin du quinquennat, s’accroche à une ligne dure.

Le couple exécutif s’est montré inflexible mardi matin, après le déblocage par les forces de l’ordre de la raffinerie Esso et du dépôt de carburant de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône).

Dissertant de l’Histoire sur France Culture, François Hollande, qui voit parasité par ce conflit son message sur le mode « ça va mieux », en a ainsi profité pour dénoncer une « stratégie » de « blocage » orchestrée « par une minorité ».

« D’autres sites seront libérés », a de son côté promis Manuel Valls depuis Jérusalem, en appelant à la « responsabilité » de la CGT qui serait, selon le Premier ministre, « dans une impasse ».

Fin de non-recevoir immédiate, cependant, de Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT qui continue de réclamer le retrait du projet de loi Travail. « Le Premier ministre joue un jeu dangereux », a commenté le responsable syndical pour qui « le gouvernement a tourné le dos à ses engagements et en paie les conséquences ». L’appel de la CGT en 2012 à « battre » Nicolas Sarkozy et donc à voter pour M. Hollande paraît bien loin.

Le conflit demeure donc total, trois mois après la présentation de ce texte en Conseil des ministres. Même avec une mouture remaniée, le gouvernement a dû recourir à l’article 49-3 pour le faire adopter à l’Assemblée, au prix d’une inédite tentative de motion de censure par les opposants de gauche au Palais-Bourbon.

Ces députés PS (26), écologistes et Front de Gauche ont promis de réussir leur coup en seconde lecture. Jean-Luc Mélenchon a d’ores et déjà prédit la censure du gouvernement Valls, ce qui constituerait une première depuis 1962. Le Parti communiste appelle, lui, à amplifier la contestation, qui a déjà généré la naissance du mouvement Nuit debout.

– « La gauche contre la gauche » –

Mais Manuel Valls, qui atteint son plus bas niveau de popularité dans plusieurs sondages, l’a une nouvelle fois redit mardi matin: « il n’y aura pas de retrait du texte. Sinon dans ce pays, on ne peut plus réformer ».

Impossible, en effet, aux yeux du Premier ministre, d’encaisser une nouvelle reculade après la révision constitutionnelle avortée sur l’état d’urgence et la déchéance de nationalité. Il existerait encore des marges de manoeuvre sur ce texte, selon plusieurs députés PS, comme l’aubryste Jean-Marc Germain.

Dans la rue, une huitième journée nationale de mobilisation est programmée jeudi par l’intersyndicale CGT-FO-Solidaires-FSU-Unef-Fidl-UNL et une grève nationale est projetée le 26 juin, jour d’examen du texte au Sénat. Avec une nouvelle bataille de chiffres de participation en perspective, sans compter la possibilité de nouvelles violences, après plus de 1.400 interpellations depuis le début de la contestation.

Ce mouvement social, « c’est la gauche contre la gauche », avec « des gens qui avaient cru au discours du Bourget » de François Hollande en 2012 et « des gens des extrêmes », résume un haut responsable de l’opposition.

Au contraire, aux yeux d’un député PS fidèle au gouvernement, « il y a une radicalisation de la CGT parce que finalement, les manifestations ne marchent pas ». Radicalisation déjà dénoncée après les affiches du syndicat Info’com de la CGT sur les violences policières.

« Je n’imaginais pas qu’un grand syndicat français puisse faire des affiches comme cela. Et en cela, la jonction a pu être faite avec un certain nombre de mouvements violents qui malheureusement ont pris le dessus aujourd’hui », estime le patron des députés PS Bruno Le Roux, qui « lance un cri d’alerte » après les tirs d’armes à feu sur la devanture du siège de la Fédération PS de Grenoble dans la nuit de dimanche à lundi.

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