Le taux de chômage britannique au plus bas depuis 1974 malgré le Brexit

LONDRES, 14 mai 2019 (AFP) – Le taux de chômage au Royaume-Uni a atteint un plus bas depuis 1974, à 3,8% au premier trimestre, signe de la solidité du marché de l’emploi malgré le Brexit, sans occulter le poids des inégalités dans le pays.

Ce chiffre publié mardi par l’Office des statistiques nationales (ONS) est meilleur qu’anticipé par le consensus des économistes établi par Bloomberg qui tablait sur un maintien du taux à 3,9% comme à fin février.

La baisse du chômage, à son niveau le plus faible depuis la période d’octobre à décembre 1974, témoigne encore une fois de la solidité du marché du travail qui continue de créer des emplois malgré les incertitudes du Brexit.

Le taux d’emploi s’est maintenu à 76,1% pendant cette période, toujours à un sommet depuis le début de la compilation de ces statistiques en 1971.

L’ONS explique cette performance par le fait que davantage de femmes travaillent entre 60 et 65 ans en raison d’une réforme des pensions des retraite. Celle-ci incite à travailler plus tard car elle recule la période d’indemnisation pleine.

Plusieurs économistes expliquent en outre les bons chiffres du chômage ces derniers mois par la décision d’entreprises d’embaucher plutôt que de lancer des projets d’investissements compte tenu du flou entourant les conditions de sortie de l’UE.

Initialement prévu fin mars, le Brexit a été repoussé à fin octobre compte tenu du blocage politique dans le pays qui empêche la Première ministre Theresa May de faire adopter l’accord négocié avec Bruxelles.

– Faible productivité –

« Pourquoi investir de grosses sommes dans une nouvelle usine ou machine en des temps si incertains quand il est possible d’embaucher un salarié supplémentaire pour obtenir à peu près le même résultat ? », relève Ben Brettell, économiste chez Hargreaves Lansdown.

La flexibilité du marché de l’emploi permet en outre aux entreprises de se séparer plus facilement si besoin de salariés qui subissent souvent des conditions d’emploi précaires.

M. Brettell observe d’ailleurs que d’après l’ONS la production par heure travaillée a continué de reculer au premier trimestre, reflétant la faible productivité dont souffre le pays.

D’autres économistes notent toutefois que le marché de l’emploi montre désormais quelques signes de faiblesse. La croissance du nombre d’emplois a ralenti tandis que le nombre de postes vacants a reculé.

L’ONS a dans le même temps dévoilé une nouvelle hausse marquée des salaires (primes comprises), de 3,2% sur un an soit bien plus que l’inflation, ce qui gonfle d’autant le pouvoir d’achat des ménages.

La publication du jour confirme la relative bonne santé de l’économie britannique dont la croissance a accéléré à 0,5% au premier trimestre selon des chiffres dévoilés la semaine dernière par l’ONS.

Cette hausse de l’activité, supérieure à celle observée en zone euro en début d’année, est toutefois à relativiser puisqu’elle est due pour une bonne part au boom de la production manufacturière en raison des stocks constitués par les entreprises en prévision du Brexit.

– Inégalités préoccupantes –

Les bons chiffres de l’emploi ne masquent en outre pas un niveau préoccupant d’inégalités économiques et sociales au Royaume-Uni, comme le rappelle une étude mardi du respecté organisme indépendant Institute for fiscal studies (IFS).

Après dix ans d’austérité, les inégalités de revenus au Royaume-Uni sont les plus élevées parmi les pays riches à l’exception des Etats-Unis et se sont rarement faites autant sentir sur la société, si bien qu’elles représentent une menace pour la démocratie et la cohésion du pays, prévient l’étude.

De son côté, la puissante organisation syndicale TUC s’alarme dans une enquête également publiée mardi de salaires toujours inférieurs à ce qu’ils étaient avant la crise financière pour les travailleurs, notamment dans le secteur public, loin du florissant monde de la finance.

« Il n’est pas juste que les salaires bondissent dans la City au moment où la plupart des travailleurs sont dans une situation pire qu’il y a dix ans », s’inquiète Frances O’Grady, sa secrétaire générale.

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