Les candidats s’affrontent sur le sort de l’assurance chômage

PARIS, 22 mars 2017 (AFP) – Mieux indemniser les chômeurs ou privilégier l’équilibre du régime, couvrir ou non les indépendants, préserver le paritarisme ou étatiser… L’avenir de l’assurance chômage divise les candidats à la présidentielle, au moment où les partenaires sociaux négocient de nouvelles règles.

– Nouveaux droits versus sanctions –

La logique de Benoît Hamon (PS) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) s’oppose à celle de François Fillon (LR).

A travers sa « sécurité sociale intégrale », M. Mélenchon promet d’indemniser tous les chômeurs, « dès le premier jour » et « même les démissionnaires ». Aujourd’hui, seulement 43% des inscrits à Pôle emploi sont indemnisés par l’Unedic, notamment parce qu’il faut avoir cotisé quatre mois sur les 28 derniers pour être éligible.

Benoît Hamon, qui ne prévoit pas de modifier l’indemnisation, mise, lui, sur son « revenu universel d’existence » pour augmenter le revenu des chômeurs. Il « s’additionnerait aux allocations », qui entreraient « dans la base de calcul du revenu universel », explique Julia Cagé, sa conseillère économique.

A l’inverse, François Fillon veut introduire une « dégressivité » des allocations et accroître les sanctions, peu appliquées aujourd’hui, contre les chômeurs qui ne recherchent pas d’emploi. Objectif : « inciter au retour à l’emploi », selon son équipe.

Emmanuel Macron propose une voie intermédiaire, avec de nouveaux droits, comme l’indemnisation des démissionnaires, en contre-partie d’un contrôle accru et de mesures d’économies.

Le candidat d’En Marche! veut étoffer les équipes de contrôle de Pôle emploi, qui passeraient « de 200 à 1.000 agents », et rendre les sanctions plus efficientes et graduées, indique Marc Ferracci, son conseiller économique et social. Il compte aussi générer des économies nouvelles en touchant à la durée d’indemnisation des seniors et à la formule de calcul des allocations, formule qui resterait assise sur l’ancien salaire.

– Quid des indépendants ? –

L’assurance chômage ne concerne aujourd’hui que les salariés. Les indépendants n’ont pas de filet de sécurité en cas de perte d’activité, une situation à laquelle MM. Macron, Fillon et Hamon comptent remédier.

Les deux premiers prônent un rattachement des indépendants à l’Unedic.

Chez Emmanuel Macron, la mesure – chiffrée à « un milliard d’euros par an » par son équipe et entre 930.000 et 3,34 milliards par l’institut Montaigne – serait financée par une hausse de la CSG qui ne toucherait pas les chômeurs. Les indépendants ne payeraient pas de cotisations chômage, au même titre que les salariés, que le candidat veut exonérer.

Dans la version Hamon, en revanche, les indépendants, comme les salariés, contribueraient au régime. « A cotisation égale, protection égale », énonce Julia Cagé.

François Fillon prévoit, lui, d’intégrer une assurance chômage « spécifique » à l’actuel Régime social des indépendants (RSI), « sur une base volontaire », selon son entourage.

Marine Le Pen (FN) plaide, elle, pour un « bouclier social pour les indépendants », sans préciser s’il protégerait contre le chômage.

– Le paritarisme en sursis –

Seul Emmanuel Macron veut ouvertement « reprendre en main le pilotage du régime » d’indemnisation chômage, aujourd’hui entre les mains des partenaires sociaux. Deux options sont sur la table, selon Marc Ferracci : garder un régime paritaire, mais « en cadrant de manière beaucoup plus étroite les négociations » entre syndicats et patronat, ou « étatiser » l’Unedic.

« On attend de voir » l’issue de négociation en cours, indique M. Ferracci. Mais « le patronat est très divisé sur la question de la taxation des contrats courts et je pense qu’ils ne trouveront pas un arrangement aussi ambitieux que le système de bonus-malus qu’on a en tête », prédit-il. Ce dispositif consisterait à faire varier le taux de cotisations patronales (4% aujourd’hui) selon le coût de chaque entreprise pour l’assurance chômage, pour favoriser l’emploi durable.

De son côté, François Fillon veut « donner une chance à la négociation », avec un objectif, « le retour à l’équilibre » en 2022. Si les négociations en cours donnaient un résultat jugé insuffisant, les partenaires sociaux auraient « jusqu’à fin de l’automne » pour rediscuter, sous peine de voir l’Etat reprendre la main.

L’Unedic, dont la dette s’élève à 30 milliards d’euros, perd environ 4 milliards par an, mais selon une récente étude, elle retrouverait l’équilibre dès 2020 avec ses règles actuelles.

Benoît Hamon, lui, exclut de toucher au paritarisme, mais les syndicats et le patronat devraient quand même faire une place aux « représentants des indépendants » à la table des négociations.

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