Les conducteurs des RER A et B en grève: trafic fortement perturbé

PARIS, 12 décembre 2017 (AFP) – Le trafic des lignes A et B du RER était très perturbé mardi matin et devait le rester toute la journée, en raison d’une grève des conducteurs à l’appel de quatre syndicats afin de dénoncer des « tensions chroniques » dans leur travail et un « management agressif ».

Selon la Régie autonome des transports parisiens (RATP), il y aura « un train sur deux aux heures de pointe » mais moins en milieu de journée.

Aux heures creuses, le trafic sera « quasi nul » sur le RER A, la ligne la plus fréquentée d’Europe avec 1,2 million de voyageurs par jour, et un train sur quatre circulera sur le RER B (875.000 usagers quotidiens), prévient le site de la RATP mardi matin.

Sur cette ligne, qui dessert notamment l’aéroport de Roissy, les voyageurs devront en outre prévoir changer de train à Gare du Nord car la connexion ne sera pas assurée avec la partie gérée par la SNCF.

Certaines lignes de métro ont été parallèlement « renforcées », en particulier les lignes 1, 4, 13 et 14 du métro, selon la RATP.

Au vu des prévisions de trafic, « le mouvement sera très suivi avec plus de 90% de grévistes et des cadres » vont conduire les rames « le matin et le soir », estimait lundi Franck Minel, délégué Unsa.

A 06H30 à la station de La Varenne-Chennevières (Val-de-Marne), les hauts parleurs rappelaient régulièrement que seulement un train sur deux circulait, mais les usagers de la ligne A ne semblaient pas avoir changé leurs habitudes, a constaté une journaliste de l’AFP. « Je me suis dit que ce matin ça irait », expliquait Mustapha, 56 ans, avant d’ajouter: « Ce soir je profiterai de la voiture d’un collègue pour rentrer ».

Certains n’étaient pas au courant. Ainsi Valentin Désiré, lui, a découvert le mouvement de grève sur les panneaux d’affichage dans le hall de la gare. Pourtant, il « travaille à la SNCF ».

La grève a été maintenue après l’échec d’une tentative de conciliation entre syndicats (CGT, Unsa, SUD et FO, 77% des voix au total) et direction la semaine dernière.

« La direction ne veut rien entendre », regrette Jean-Luc Prigent pour la CGT. La direction, elle, affirme que les syndicats « n’ont pas souhaité discuter » de ses propositions.

– Une ‘politique du chiffre’ –

Dans leur préavis, les syndicats évoquent des « tensions chroniques » et des « dysfonctionnements récurrents dans l’organisation du travail », conséquences selon eux d’une « politique du chiffre » liée aux obligations fixées par Ile-de-France Mobilités (ex-Syndicat des transports d’Ile-de-France, Stif).

Sur la ligne A, où les trains se succèdent à deux minutes d’intervalle aux heures de pointe, le moindre incident provoque des retards en cascade. Pour tenter d’y remédier, les horaires ont été changés lundi par la RATP, avec dans certains cas une légère baisse des fréquences.

« Depuis trop longtemps sont dénoncées sur les deux lignes de RER des dérives graves » dans le management ou l’interprétation de la réglementation interne, « sources de risques psychosociaux et de dégradation des conditions de travail », expliquent les syndicats, qui avaient déjà appelé en octobre 2014 à la grève pour dénoncer le mode de management.

Cette situation, accentuée par une « pénurie d’effectifs » sur un réseau saturé, met en « première ligne » les conducteurs « face à des voyageurs excédés », déplorent-ils.

Outre « l’arrêt des méthodes agressives de management », les syndicats réclament aussi le « respect des mesures de sécurité » en cas de colis suspect et « des effectifs en corrélation avec l’offre de transport » sur ces deux lignes cogérées avec la SNCF.

« On est censé faire la même chose avec moins de monde et le niveau de qualité de service exigé n’est jamais atteint », regrette Laure Thibault (SUD). « Les objectifs fixés » par Ile-de-France Mobilités, qui exerce « une forte pression », sont « trop élevés », renchérit Jean-Luc Prigent, n’excluant pas une nouvelle grève.

La direction a proposé une nouvelle réunion le 18 décembre pour, explique-t-elle, « retrouver un collectif de travail serein, propice à une exploitation performante des lignes de RER ». Sur le fond du conflit, elle s’est refusée à tout commentaire.

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