Les entreprises priées d’accompagner au mieux la levée du confinement

PARIS, 28 avril 2020 (AFP) – Télétravail, masques, horaires décalés: la levée progressive du confinement met les entreprises devant un défi, celui de permettre que le travail et donc l’économie reprennent, dans le respect des gestes barrières contre le coronavirus.

Concernant le télétravail, adopté à marche forcée par de nombreuses entreprises et leurs salariés à la mi-mars, il n’y aura pas « un avant et un après 11 mai », a prévenu mardi le Premier ministre en esquissant à l’Assemblée nationale un lent déconfinement pour le pays.

Édouard Philippe a appelé « avec insistance » les entreprises à maintenir le télétravail « partout où c’est possible, au moins dans les trois prochaines semaines », afin de limiter l’affluence dans les transports et sur les lieux de travail. Là où le télétravail n’est pas possible, le Premier ministre encourage l’instauration d’horaires de travail décalés.

-Repenser le télétravail-

« Cela fait plus d’un mois et demi qu’une grande partie des salariés sont en télétravail », observe un porte-parole du Medef, qui juge que « les entreprises et les salariés se sont un peu rodés après un démarrage qui a pu être un peu compliqué parfois ».

François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) considère en revanche qu’on a « atteint les limites du télétravail », avec des salariés qui en « rêvaient » et « commencent à se dire que, finalement, la présence au bureau est pas mal non plus ».

Pour Jean-Pierre Brun, du cabinet Empreinte Humaine, spécialisé dans la qualité de vie au travail, il est « urgent de repenser les règles et le cadre du télétravail avec le déconfinement pour préserver les salariés en fonction des conditions personnelles et matérielles », notamment face au risque de confusion entre vie professionnelle et vie personnelle.

Sur ce sujet, FO revendique l’ouverture d’une négociation interprofessionnelle « intégrant le droit à la déconnexion ».

– Contraintes –

Édouard Philippe a également enjoint les employeurs à équiper leurs salariés en masques lorsque cela est nécessaire.

« En tant qu’employeurs, ce qu’on a bien compris, c’est que nos contraintes d’aujourd’hui vont rester encore présentes demain », a réagi François Asselin.

« La condition sine qua non de la reprise, c’est l’accès (aux masques) de la façon la plus fluide possible et continuelle, parce que là c’est clair, on est parti pour de longs mois », estime-t-il.

A l’exception des bars, cafés et restaurants et, sur éventuelle décision préfectorale des sections non-alimentaires des grands centres commerciaux, tous les magasins, marchés de plein air et halles couvertes pourront rouvrir à partir du 11 mai, à condition d’être en mesure de faire respecter les mesures de protection sanitaire.

Ces mesures auront un effet non négligeable sur la production, affirme M. Asselin. « Si vous êtes commerçant, il faudra contingenter la clientèle qui viendra dans votre magasin, si vous êtes dans le secteur de la construction, pour le respect des mesures barrières, là où il y avait 60 hommes par jour, on descend à 20 hommes par jour ».

-« Beaucoup reste à préciser »-

Pour faciliter la reprise de l’activité dans de nombreux secteurs, le gouvernement prévoit de mettre à disposition d’ici le 11 mai 60 guides métiers élaborés par les fédérations professionnelles et le ministère du Travail pour accompagner les réorganisations nécessaires au sein des entreprises.

Les sujets liés à la santé et à la sécurité des salariés feront l’objet d’une réunion avec les organisations syndicales et patronales jeudi. Le Medef espère en tirer « de nombreuses réponses », à l’instar des autres partenaires sociaux, restés sur leur faim après le discours du Premier ministre.

« De nombreuses incertitudes et questions » demeurent, selon FO, tandis que l’Unsa estime que « beaucoup reste à préciser », et la CFTC que le plan de déconfinement « pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses ».

La CGT a également jugé qu’il y avait « encore trop de questions sans réponses concrètes pour garantir la santé des citoyens ».

Le dispositif de chômage partiel, mis en oeuvre de façon inédite avec 10,8 millions de salariés concernés, soit plus d’un salarié du privé sur deux, devrait également être abordé jeudi. Édouard Philippe a annoncé qu’il resterait « en place jusqu’au 1er juin » avant de « l’adapter progressivement, afin d’accompagner la reprise d’activité si l’épidémie est maîtrisée », a-t-il poursuivi.

Le Medef, comme FO et la CGT, souhaitent le voir prolongé au-delà de cette date.

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