Les gages de Valls à la jeunesse ne calment pas leur opposition à la loi travail

Par Frédérique PRIS et Pierre GLACHANT

PARIS, 11 avril 2016 (AFP) – Des CDD davantage taxés, des bourses prolongées après le diplôme: Manuel Valls a annoncé lundi une série de mesures pour l’insertion des jeunes applaudies par les syndicats étudiants et lycéens, qui affichent toutefois toujours leur opposition à la loi travail.

Matignon chiffre entre 400 et 500 millions d’euros par an le coût de ces mesures, présentées aux organisations de jeunesse, dont plusieurs font partie de l’intersyndicale contre le projet de loi depuis plus d’un mois – l’Unef (étudiants), l’UNL, le SGL et la FIDL (lycéens).

« Parce que les jeunes se sont mobilisés et ont relevé la tête, ils ont réussi à obtenir des mesures fortes pour leur insertion professionnelle et leurs conditions de vie », a estimé le président de l’Unef, premier syndicat étudiant, à l’issue de la rencontre. « Aujourd’hui, on a franchi un cap important », a salué William Martinet, exprimant sa « satisfaction » face à « une réponse concrète à des revendications des jeunes ». « Ça va dans le bon sens », a approuvé l’Union nationale lycéenne (UNL).

Pour autant, « tout ça ne lève pas tous les désaccords, notamment sur la loi travail », a poursuivi William Martinet, « c’est pour ça que l’Unef reste solidaire de l’intersyndicale » et de son appel à manifester le 28 avril. Les organisations lycéennes ont aussi confirmé leur participation, avec des syndicats de travailleurs, à cette nouvelle journée de mobilisation pour obtenir le retrait de la réforme du code du travail.

Plusieurs revendications des organisations ont été satisfaites, notamment la prolongation des bourses dès la rentrée 2016, qui concernera les jeunes d’origine modeste, après obtention de leur diplôme et pour quatre mois maximum. Un renchérissement des taxes sur le CDD est aussi prévu pour favoriser l’embauche en CDI, suivant un barême défini par les partenaires sociaux.

Un quota de places en IUT sera réservé aux bacheliers des filières technologiques, et le nombre de places en BTS sera augmenté, pour favoriser la poursuite d’études des bacheliers professionnels. La rémunération des apprentis sera améliorée.

– « Répondre à des inquiétudes » –

Ces mesures seront intégrées au projet de loi égalité et citoyenneté présenté mercredi ou feront l’objet d’un amendement au projet de loi travail.

Elles n’ont pas pour objectif d' »éteindre une contestation » mais de « répondre à des inquiétudes profondes qui nécessitent une réponse dans la durée », a assuré le Premier ministre. Et « il ne s’agit pas de modifier ou de faire évoluer la loi travail », actuellement dans sa phase parlementaire.

Le principe de la rencontre avait été décidé dès la journée de mobilisation du 31 mars contre la réforme du code du travail portée par la ministre du Travail Myriam El Khomri, la plus réussie à ce stade avec 390.000 manifestants en France d’après les autorités, 1,2 million selon les organisateurs.. Manuel Valls s’était dit alors « prêt à regarder » certaines propositions de l’Unef pour « améliorer l’ensemble des politiques publiques vers la jeunesse ».

Depuis, les dernières manifestations, samedi, ont été marquées par une affluence en baisse. Et la mobilisation risque d’entrer dans un creux avant la prochaine journée de manifestations le 28 avril et la reprise des débats début mai à l’Assemblée nationale, d’autant que plusieurs régions sont en vacances scolaires.

D’ici le 28 avril, « les formes de mobilisation vont changer » en raison des vacances et des examens universitaires qui débuteront dans la foulée, a reconnu William Martinet, évoquant par exemple des « interpellations de parlementaires ».

Le rendez-vous de lundi était stratégique pour le gouvernement alors que les organisations de jeunesse, parfois débordées par des coordinations plus spontanées, étaient jusqu’ici très actives dans la mobilisation, dans la rue et via des blocages de lycées ou de facs, avec des risques d’incidents.

Les jeunes sont en outre nombreux dans les rassemblements citoyens « Nuit debout », nés il y a une dizaine de jours place de la République à Paris et qui ont essaimé dans plusieurs dizaines de villes. Bien au-delà de la seule contestation de la loi travail.

bur-fmp/fff/pb