Les « Gentilshommes » manifestent pour Belfort à Saint-Ouen

PARIS, 27 septembre 2016 (AFP) – Plusieurs centaines de salariés de l’usine Alstom de Belfort mais aussi d’autres sites du constructeur ferroviaire ont manifesté bruyamment mardi devant le siège du groupe à Saint-Ouen pour dire « non à la fermeture » du site franc-comtois, a constaté une journaliste de l’AFP.

Au son des cornes de brume, des sifflets et des klaxons, les « Alsthommes », –un millier selon la CGT–, en vestes gris et rouge siglées « Alstom » ou portant des chasubles de couleur, affichaient tous un autocollant « Non à la fermeture », un message répété sur une grande banderole accrochée aux grilles.

Parmi eux, environ 300 manifestants venus de Belfort à bord d’un TGV spécialement affrété, un « symbole ».

Une délégation de salariés et représentants syndicaux a été reçue pendant une heure par la direction générale du groupe en France. « On a eu le droit à une nouvelle partie de violon, la même que lors du CCE extraordinaire d’hier », a déploré Olivier Kohler, délégué CFDT de Belfort.

« La direction a argumenté sur le fait que le transfert à Reichshoffen était tout à fait justifié », a-t-il dit en appelant les salariés à « rester mobilisés jusqu’à la semaine prochaine suivant l’état des discussions entre l’Etat et la direction générale ».

Alstom « remet tout sur les épaules du gouvernement » qui a, selon l’entreprise, « les billes en main », a ajouté son collègue de la CGT David Kaiser en disant craindre un « effet dominos » sur les autres sites français en cas d’arrêt de la production de locomotives à Belfort.

Les efforts du gouvernement pour faire plier Alstom? « J’espère mais je ne crois pas tellement (…) C’est il y a deux ans qu’il fallait faire le travail », lâche un brin fataliste Nicolas Letellier, technicien chargé des essais, 26 ans d’ancienneté à Belfort.

Présent à Saint-Ouen, le leader de la CGT Philippe Martinez a demandé à la direction « d’écouter les salariés » et dire « une seule phrase »: « on ne fermera pas le site de Belfort ». Etaient également présents la sénatrice du Bas-Rhin Fabienne Keller (LR) et plusieurs personnalités d’extrême gauche, dont Pierre Laurent (PCF) et Philippe Poutou (NPA).

Ingénieur au bureau d’études de Belfort depuis huit ans, Marion Faverger se réjouit de la présence de collègues d’Ornans, Valenciennes, La Rochelle, Le Creusot et Reichshoffen: « ça montre que tous les sites d’Alstom sont solidaires. Le premier en situation critique, c’est Belfort mais tous sont menacés », dit-elle.

Sur tous ces sites, des salariés ont répondu à l’appel à faire grève lancé par l’intersyndicale (CFE-CGC, CGT, CFDT, FO), selon la CGT. Interrogée, la direction a confirmé des débrayages, sans plus de précisions.

Faute de commandes, le constructeur a annoncé le 7 septembre son intention de transférer sa production de locomotives à Reichshoffen (Bas-Rhin), à 200 kilomètres. Il prévoit de ne garder à Belfort qu’une activité de maintenance. Ce projet, gelé jusqu’à l’issue des discussions engagées par le gouvernement avec tous les acteurs de la filière, menace 400 emplois sur 480. shu-sp/cel/aro