Les « gilets jaunes », un mouvement de colère qui dure en France

PARIS, 27 novembre 2018 (AFP) – Après dix jours de mobilisation pour dénoncer la baisse du pouvoir d’achat en France, le mouvement des « gilets jaunes » attend des mesures fortes mardi de la part du président français Emmanuel Macron qui ne semble pas vouloir changer de cap pour le moment.

Voici le point sur ce mouvement de colère qui a engendré des débordements à Paris samedi:

Que veulent les « gilets jaunes »?

Les « gilets jaunes » s’inscrivent dans une longue tradition française de contestation de l’impôt.

Au départ, la colère de ces manifestants ainsi baptisés en référence aux vestes fluorescentes obligatoires pour tout automobiliste français en cas d’accident était focalisée sur la hausse des taxes sur les carburants, dont une nouvelle salve doit intervenir le 1er janvier.

Mais au fil des manifestations, les revendications du mouvement qui s’organise sur les réseaux sociaux et qui se veut apolitique, asyndical et sans leader ont muté.

Au-delà d’une baisse des taxes sur l’essence et le diesel, leurs revendications sont assez hétéroclites: certains réclament le rétablissement d’un impôt sur les plus grandes fortunes, d’autres des mesures pour le pouvoir d’achat des plus modestes et les plus radicaux d’entre eux appellent à la dissolution de l’Assemblée nationale, voire la démission d’Emmanuel Macron.

Quelle est l’ampleur de la mobilisation?

La première journée de protestation des « gilets jaunes », le 17 novembre, a réuni près de 300.000 manifestants dans toute la France, sous diverses formes d’action, principalement des blocages routiers.

Tout au long de la semaine, quelques milliers de manifestants ont poursuivi quelques actions et notamment des blocages sporadiques de dépôts pétroliers.

Mais le véritable acte II a eu lieu samedi dernier où plus de 100.000 manifestants ont repris leurs actions, dont 8.000 à Paris.

C’est dans la capitale que l’attention s’est focalisée, avec des incidents entre manifestants et forces de l’ordre sur la célèbre artère des Champs-Elysées.

103 personnes ont été interpellées et 47 avaient déjà été présentées à la justice lundi.

Que va annoncer Emmanuel Macron?

Face à ce mouvement de grogne soutenu par environ 70% des Français selon plusieurs sondages, Emmanuel Macron n’a pas l’intention d’annoncer un changement de cap.

Pas question donc de revenir sur la « transition écologique », ces mesures pour encourager les Français à adopter des modes de vie et de transport moins polluants.

La présidence devrait d’ailleurs confirmer la hausse des taxes sur les carburants prévue le 1er janvier.

Emmanuel Macron devrait néanmoins annoncer de nouvelles mesures d’aides ainsi qu’un « pacte social » pour que « la transition soit la plus juste possible ».

Les premières mesures annoncées au début du mouvement, comme l’élargissement d’une subvention pour payer les dépenses énergétiques des ménages les plus modestes ou la mise en place d’une prime pour acheter une chaudière moins polluante, n’avaient pas suffi à satisfaire les revendications.

Le mouvement peut-il durer?

Avec une mobilisation en baisse, la question d’un essoufflement du mouvement se pose.

« On est face à un mouvement qui est assez innovant, sans point de comparaison. Mais l’absence de structuration entraîne un manque d’organisation, personne ne fixe réellement un cap » souligne auprès de l’AFP Jérôme Sainte-Marie, le président de l’institut de sondage PollingVox.

Pour éviter cette désorganisation, une « délégation » de huit « communicants officiels », a été créée afin de porter une série de revendications. Les « gilets jaunes » qui veulent être reçus par des représentants de l’Etat demandent principalement de « revoir à la baisse toutes les taxes », et la création d’une « assemblée citoyenne ».

« C’est bien que les gilets jaunes s’organisent parce que c’est aussi un moyen d’éviter des formes d’infiltration comme on a pu voir sur les Champs-Elysées », estime l’historienne Danielle Tartakowsky.

« Le mouvement peut très bien disparaître par usure naturelle. Si samedi prochain, il n’y a que 50.000 personnes, ça sera terminé », prédit de son côté M. Sainte-Marie.

« Mais ce qui a fait naître le mouvement – l’insatisfaction et la colère par rapport à la politique du gouvernement – ne va pas disparaître de si tôt », conclut-il.

kjl-meb-pid/lv/am