Les patients pauvres victimes de « stéréotypes » chez les praticiens (Défenseur des droits)

PARIS, 3 avril 2017 (AFP) – Les patients en situation de précarité, bénéficiant par exemple de la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C), sont victimes de « représentations médicales stéréotypées », pouvant conduire à des prises en charge différenciées, voire à des discriminations, selon une étude publiée lundi par le Défenseur des droits.

Celle-ci repose sur des entretiens conduits entre 2015 et 2016 auprès de 50 médecins (spécialistes et généralistes) et chirurgiens-dentistes concernant la prise en charge de patients précaires, bénéficiaires de la CMU-C, de l’ACS (aide à la complémentaire santé) ou de l’aide médicale d’état (AME). Elle a été réalisée par le laboratoire LEPS de l’université Paris XIII, à la demande du Défenseur des droits et du Fonds CMU.

Premier constat: La catégorie des patients « CMUs » « est largement utilisée dans les discours des praticiens, devenant une autre manière de nommer les personnes » pauvres, souligne le Défenseur des droits dans un communiqué.

« On dit les CMU comme on dit les obèses, les borgnes, les machin, ce qui n’est pas très joli non plus » résume ainsi une pédiatre citée dans le rapport.

Au groupe des CMUs « se superposent » les préjugés associés à la pauvreté : « soupçons de fraude, mais aussi anticipation de difficultés de suivi » (sur-consommation de soins, absentéisme, retards fréquents).

« Cet +étiquetage social+ favorise des pratiques professionnelles différentes, dont certaines renvoient à une discrimination », notamment par un refus de soins, isolé ou systématique, notent les auteurs de l’étude.

Mais les discriminations peuvent s’exprimer « de manière plus insidieuse », avec par exemple « la réorientation systématique d’un patient vers un autre praticien ou à l’hôpital, des délais d’attente anormalement longs », sans qu’elles soient considérées comme telles par les praticiens.

En outre, si « une grande majorité » exerce de « manière égalitaire », d’autres s’ajustent, en partant par exemple du principe que les conditions de vie du patient rendront impossible le suivi d’un traitement, au risque de proposer « une offre médicale de moindre qualité ».

Le Défenseur des droits, qui a ouvert plusieurs enquêtes en décembre concernant des médecins refusant des bénéficiaires de la CMU-C ou de l’AME, préconise de réaliser un testing national, de préciser les types de refus de soins illégaux dans le code de la santé publique ou encore de demander à l’Assurance maladie « de recenser les praticiens » ne respectant pas les tarifs sécu pour les bénéficiaires de la CMU-C ou de l’ACS.

Il a également été saisi en janvier par des associations pour des refus de prise de rendez-vous sur un site internet.

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