Les recruteurs des armées à pied d’oeuvre pour rattraper le temps perdu

SAINT-DENIS, 20 mai 2020 (AFP) – Chacun à un coin d’une salle de réunion du centre de recrutement militaire de Saint-Denis, trois jeunes relisent attentivement leur pré-contrat remis avec un mois de retard, Covid-19 oblige. En juin, ils partiront faire leurs classes.

Après deux mois de fermeture pour cause de confinement, les centres d’information et de recrutement des forces armées (CIRFA) ont rouvert leurs portes aux candidats à l’engagement.

L’enjeu est crucial pour les armées, qui doivent rattraper le temps perdu pour attirer 26.000 jeunes cette année. « Chaque mois qui passe sans recrutement, c’est l’équivalent d’un régiment de l’armée de Terre qui manque à l’appel! », s’inquiétait récemment la ministre des Armées Florence Parly.

Masques et solution hydroalcoolique à disposition, hygiaphones, marquages au sol: comme il se doit, le CIRFA Saint-Denis, à deux pas du Stade de France, s’est équipé pour recevoir les postulants en toute sécurité.

Et les candidats sont bien de retour. Depuis la réouverture le 11 mai, « on reçoit une quinzaine de personnes par jour », se félicite son responsable, l’adjudant-chef Patrice.

Pendant le confinement, le travail ne s’est jamais arrêté, fait-il valoir. « On a pu constituer des dossiers via internet en attendant de mener les entretiens en présentiel ». Les réseaux sociaux, eux, ont poursuivi leur campagne de communication.

Malgré tout, les 55 jours de mise à l’arrêt forcée des centres de recrutement vont laisser des traces dans les armées, premier recruteur de France chez les 17-30 ans en quête d’un premier emploi.

Dans l’armée de Terre, « nous avons un déficit de 2.500 personnels non recrutés » sur un objectif annuel de 16.000, souligne son sous-directeur du recrutement, le général Rémi Seigle.

« Nous sommes sur le pied de guerre depuis lundi dernier pour accueillir les jeunes » et « espérons combler ce déficit, même si on ne va pas y arriver complètement ».

– « Une seconde chance » –

Parmi les jeunes enrôlés, Mehdi, 22 ans, va rejoindre les rangs de la prestigieuse brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Pompier volontaire dans le Val d’Oise, il a vécu l’épidémie en première ligne. « Je travaillais dans le stress d’attraper le virus, mais j’aidais les gens. Ca m’a persuadé que c’est ce que je voulais faire », assure-t-il à l’AFP.

Au bout du couloir, un conseiller aviateur répond aux questions de Laetitia Smadja et son fils, venus de Bondy. Gaëtan, bientôt 16 ans, espère faire sa rentrée en première à l’école d’enseignement technique de l’armée de l’Air, à Saintes.

« L’armée, je la respecte. Depuis que je suis petit j’aimerais en faire partie », glisse timidement le jeune garçon, qui ambitionne de devenir informaticien sécurité réseaux.

Le confinement lui a fait craindre le pire. « On s’est demandés si les dossiers seraient pris en compte. En même temps, ça lui a permis de mieux se renseigner », constate sa mère.

Côté Marine nationale, qui comme l’armée de l’Air compte recruter 3.500 personnes cette année, l’actualité du porte-avions Charles de Gaulle dont les deux-tiers de l’équipage ont été contaminés par le Covid-19, n’a pas eu d’impact sur le recrutement pour le moment », assure l’enseigne de vaisseau Claire.

Derrière elle, dans un bureau tapissé d’affiches « Devenir marin », une adolescente masquée passe un entretien de motivation pour devenir matelot, dans l’espoir d’avoir « une seconde chance, un métier » et d’apprendre à « rester bien concentrée ».

Le CIRFA de Saint-Denis compte tirer profit de la jeunesse du département pour faire le plein. « La Seine Saint-Denis offre un fort potentiel avec 350.000 jeunes de 15 à 29 ans, pile dans la cible de l’armée de Terre », fait valoir le colonel Cyril Leprêtre, responsable recrutement en Ile-de-France et en Outre-mer.

Parmi eux, plus de 70.000 sont sans emploi. Et les ravages économiques liés à la crise sanitaire pourraient bien renforcer l’attractivité des armées.

« Notre pays va connaître une situation économique difficile à cause de l’épidémie. Il y aura peut-être un flux plus important de candidats », estime le général Seigle. « L’avenir nous le dira ».

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