Les rémunérations des dirigeants vont animer les assemblées générales 2019

PARIS, 9 avril 2019 (AFP) – Les rémunérations des dirigeants, et en particulier les « retraites-chapeaux », devraient agiter cette année encore les assemblées générales d’actionnaires, avec en toile de fond la volonté du gouvernement de légiférer sur le sujet.

Le coup d’envoi sera donné mercredi par Airbus, dont l’assemblée générale à Amsterdam sera particulièrement scrutée par le gouvernement après le calcul des émoluments que pourraient toucher son patron Tom Enders.

M. Enders, qui passera à cette occasion la main à Guillaume Faury à la tête de l’avionneur européen, devrait toucher jusqu’à 36,8 millions d’euros, dont 26,3 millions provisionnés pour ses années de retraite.

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a demandé aux administrateurs du géant aéronautique européen de tenir compte de la « réaction négative de l’opinion et des investisseurs » suscitée par ces montants.

Gros bémol, Airbus étant une société de droit néerlandais, ses actionnaires ne sont pas appelés à se prononcer sur cette rémunération et le renforcement de la seule loi française promis par M. Le Maire pourrait ne rien y changer.

Le ministre a promis une limitation de ces « retraites-chapeaux » à 30% du salaire annuel des dirigeants via une ordonnance au projet de loi Pacte en discussion au Parlement.

En outre, pour certains observateurs, modifier la loi pourrait in fine remettre en cause la capacité des actionnaires à encadrer eux-mêmes les rémunérations des dirigeants.

« La transposition [d’une] directive européenne va créer de nouveaux droits pour les actionnaires dans toute l’Europe, mais le danger c’est qu’en France on revienne sur les dispositions de la loi Sapin II et qu’on perde certains droits de vote à l’AG », explique Loïc Dessaint, président du cabinet Proxinvest, précisant que le droit français est plus avancé en ce qui concerne le contrôle des rémunérations.

Depuis la loi Sapin II promulguée fin 2016, les actionnaires sont appelés à se prononcer en assemblée générale sur les principes de la rémunération des dirigeants, mais surtout le versement des bonus pour l’année qui vient de s’écouler.

Une autre assemblée sensible sera celle du groupe parapétrolier en difficultés TechnipFMC le 1er mai, dont le patron Thierry Pilenko, doit toucher environ 14 millions d’euros d’indemnités de départ.

Dans ce cas également le gouvernement peine à trouver la parade puisque le groupe a son siège à Londres.

Dans le luxe, le géant Kering soumettra à l’aval de ses actionnaires la rémunération de son PDG François-Henri Pinault, qui atteint – au titre de l’exercice 2018 – un total de 21,8 millions d’euros, en raison du déblocage d’une rémunération de long terme basée sur la performance.

– « Eduquer » les actionnaires –

Si l’annonce des rémunérations provoque souvent la polémique, les actionnaires ne s’y opposent en revanche que rarement.

« Si les actionnaires ne sont pas d’accord, il est vraiment important qu’ils votent contre, c’est pour ça qu’il y a les AG », souligne Agnès Touraine, présidente de l’Institut français des administrateurs (IFA) qui conseille les administrateurs.

Or, « on observe souvent des votes positifs. Jusqu’à l’année dernière, la plupart (des rémunérations) ont été votées largement au-dessus de 80% », précise la présidente pour qui la vigilance doit être accrue en ce qui concerne la transparence des rémunérations exceptionnelles non liées à des résultats de la société.

C’est une « défaillance des administrateurs et des actionnaires », juge quant à lui M. Dessaint.

« Il y a un besoin d’éducation des actionnaires qui très souvent votent les rémunérations sans anticiper les montants cumulés des indemnités de long terme et les retraites chapeaux ».

Les assemblées générales pourraient aussi être l’occasion de saluer certains progrès dans l’encadrement des rémunérations.

« La décision d’Emmanuel Faber (le PDG de Danone) de ne plus bénéficier de son régime de retraite chapeau et de ses indemnités de départ d’environ 4 millions d’euros » sans attendre le vote lors de l’assemblée générale est un « beau geste », juge M. Dessaint.

La gouvernance de Jean-Dominique Senard, nouveau patron de Renault, est « exemplaire en terme de rémunération », selon plusieurs observateurs.

L’assemblée générale du constructeur automobile le 12 juin sera également l’occasion de voter sur la rémunération de l’ancien PDG Carlos Ghosn, incarcéré au Japon. La nouvelle direction a cherché à limiter au maximum ces versements et conseille aux actionnaires de ne pas lui voter de rémunération variable.

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