Les salariés de Vélib’ continuent à batailler pour leur emploi

PARIS, 4 avril 2017 (AFP) – La bataille du système de vélo en partage Vélib’, en cours de renouvellement et qui paraît être perdue pour son détenteur actuel, JCDecaux, se jouait aussi mardi sur le maintien en place de ses 315 salariés, dont une centaine ont manifesté devant la mairie de Paris.

« Vélib’ continue. On veut continuer avec Vélib' », a affirmé Bambo Cissokho, secrétaire du comité d’entreprise de Cyclocity, filiale du groupe JCDecaux, lors d’un rassemblement d’une centaine de salariés sur le parvis de l’Hôtel de Ville.

Une délégation a été reçue dans la matinée par le Syndicat Autolib’ et Vélib’ Métropole, qui lui a fait savoir que le futur repreneur, Smoove, une PME de Montpellier, « s’engageait à reprendre une partie de l’effectif », selon le porte-parole.

Le Syndicat, qui fédère Paris et les 100 communes partenaires du futur +Vélib’2+, s’est engagé également « à s’adresser à JCDecaux pour qu’on soit reclassé dans le groupe », a ajouté M. Cissokho.

« Nous sommes mécontents. Nous, nous voulons continuer à travailler pour Vélib’. On ne veut pas laver des abribus ou coller des affiches pour JCDecaux », a-t-il dit, en notant : « Vélib’ va passer de 18.000 à 30.000 vélos, on ne peut pas imaginer ne pas continuer notre travail ».

Le système Vélib’ fait l’objet d’un renouvellement de marché qui entrera en vigueur en janvier 2018, pour 15 ans. Elargi à la Métropole du Grand Paris, le service devrait proposer des vélos plus légers, plus solides et avec un tiers de vélos électriques.

La mairie de Paris a assuré qu’il n’y « aurait pas d’interruption de service » entre les deux marchés.

Autolib’ et Vélib’ Métropole ont annoncé samedi avoir « classé en tête l’offre du groupement Smoovengo », écartant ainsi l’offre JCDecaux-RATP-SNCF. Ce choix doit être entériné par vote le 12 avril.

Smoove, une PME familiale créée en 2008, a remporté des marchés dans 26 villes en France et à l’étranger grâce à ses innovations techniques.

Le Syndicat et l’exécutif parisien ont affirmé à plusieurs reprises qu’ils seraient « attentifs à ce qu’aucun salarié ne reste sur le carreau ».

En menaçant de « conséquences juridiques », JCDecaux avait estimé samedi, dans un communiqué, que l’écart entre les deux offres « se fondait sur un dumping social, avec une proposition excluant la reprise de l’ensemble des personnels et reposant sur de nouvelles équipes inexpérimentées, moins nombreuses et à des conditions sociales et salariales dégradées ».

Le groupement mené par Smoove « ne l’emporte donc que sur le critère du prix », avait affirmé JCDecaux.

– « On ne répare plus » –

Selon une source proche du dossier, le critère du prix n’aurait pas été le seul pris en considération et Smoove aurait également enregistré de très bonnes notes techniques.

Les salariés ont poursuivi mardi leur action de grève perlée lancée vendredi pour « perturber » le service. « On ne répare plus, on ne ramasse plus les vélos dans les stations pleines, on fait tout traîner », selon le porte-parole.

Ils devaient également rencontrer dans la journée les responsables de Cyclocity-JCDecaux à qui ils reprochent de « n’avoir pas anticipé le fait qu’ils pouvaient perdre ».

Les salariés seront également reçus lundi en fin d’après-midi par Christophe Najdovski, adjoint EELV aux Transports de la maire PS de Paris Anne Hidalgo.

Les salariés ont par ailleurs été soutenus mardi sur place par des élus parisiens et par le candidat à la présidentielle Philippe Poutou (NPA) qui dénoncé « la précarité extrême (qui) est le quotidien de beaucoup de salariés ».

Nicolas Bonnet-Oulaldj, président du groupe communiste parisien a demandé au Syndicat de ne pas voter formellement, comme prévu, le marché le 12 avril, « tant que le maintien de l’emploi n’est pas garanti ».

Danielle Simonnet (Parti de Gauche), a pointé la « responsabilité d’employeur » de JCDecaux comme celle de la Ville qui n’assure pas le marché Vélib’ en « régie directe ».

Dans un communiqué, le groupe socialiste et républicain du Conseil départemental du Val-de-Marne a affirmé son « soutien à la légitime revendication d’une reprise totale des 315 salariés par le nouvel exploitant, aux mêmes conditions salariales et sociales ».

Vélib’ compte plus de 300.000 abonnés de longue durée et a totalisé près de 300 millions de locations depuis son lancement en 2007.

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