Les salariés rejettent le plan de relance, Alitalia au bord du gouffre

ROME, 24 avril 2017 (AFP) – Les salariés d’Alitalia ont rejeté lundi le plan de relance drastique présenté comme celui de la dernière chance pour la compagnie aérienne italienne qui risque désormais la liquidation, a annoncé la direction.

Près de 90% des quelque 12.500 membres du personnel ont participé à la consultation entre jeudi et lundi après-midi. Dans la soirée, le non a dépassé la barre des 50% bien avant la fin du dépouillement.

Les salariés ont ainsi rejeté ce plan prévoyant 1.700 suppressions d’emploi et une baisse de salaire de 8%, alors que le gouvernement, qui a fait office de médiation ces dernières semaines, avait répété tout le week-end qu’il n’y avait pas de solution alternative.

En effet, les caisses de la compagnie sont à sec et les actionnaires (Etihad Airways qui détient 49%, UniCredit, Intesa Sanpaolo, etc.) n’entendaient pas remettre la main à la poche en cas de rejet de l’accord.

Le conseil d’administration d’Alitalia a été convoqué mardi — férié en Italie — « pour une évaluation du résultat négatif de la consultation », a annoncé la compagnie dans un court communiqué.

L’hypothèse la plus probable est celle d’une activation de la procédure d' »administration extraordinaire » publique en vue d’une hypothétique reprise ou d’une liquidation.

« Ils nous ont fait payer à nous toutes les crises. Nous sommes en colère. Ce nouveau plan ne sert à rien », a expliqué un pilote au quotidien La Stampa, assurant que la compagnie se retrouverait « au même point dans neuf mois ».

« Mieux vaut être tous ensemble dans la rue à demander un coup de main que de perdre 2.000 personnes maintenant, puis encore 2.000 bientôt et ainsi de suite », a renchéri un salarié à la télévision.

Le syndicat USB a réclamé dans un communiqué « la réouverture immédiate des négociations » après « le non des salariés ».

Le chef du gouvernement italien, Paolo Gentiloni, avait pourtant été clair samedi: « Je sais bien que l’on demande des sacrifices aux salariés, mais sans un accord sur le nouveau plan industriel, Alitalia ne pourra pas survivre ».

– ‘Accompagnement vers la liquidation’ –

La semaine dernière, Carlo Calenda, ministre du Développement économique, avait insisté: « Ceux qui espèrent une intervention de l’Etat se leurrent ». La période d’administration extraordinaire sera « très très brève, environ 6 mois », avant un « accompagnement vers la liquidation de la compagnie ».

Cette mesure risque d’ailleurs de coûter « plus d’un milliard d’euros » à l’Etat italien en rejetant sur lui « tous les coûts de la gestion ou de la liquidation » de la compagnie, avait-il ajouté.

Alitalia subit de plein fouet la concurrence des compagnies à bas coût et accumule les pertes depuis des années, et ce malgré l’entrée à son capital en 2014 de son homologue émiratie Etihad et des fonds injectés par celle-ci.

La direction d’Unicredit, l’un des actionnaires d’Alitalia, avait souligné la semaine dernière que la banque avait déjà perdu « près de 500 millions d’euros » dans la compagnie.

Dans le cadre d’un vaste plan de relance, la direction d’Alitalia avait annoncé mi-mars des mesures particulièrement sévères avec plus de 2.000 suppressions d’emplois et des baisses de salaires allant jusqu’à 30%.

Mais sous la houlette du gouvernement, qui envisageait une garantie publique du plan de relance sur 200 millions d’euros, le volet social avait été re-négocié mi-avril entre les syndicats et la direction.

Si la plupart des syndicats appelaient à contre-coeur à voter oui, un « comité pour le non » avait vu le jour.

« Comment peut-on penser qu’une compagnie qui transporte 24 millions de personnes avec 120 avions puisse être mise en liquidation ? Nous croyons qu’Alitalia pourra quand même rester sur le marché, mais avec une forte rupture avec le passé et la direction qui l’a réduite à ça », avait insisté Francesco Staccioli, membre du syndicat USB.

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