Les secteurs économiques se renvoient la facture du coronavirus

PARIS, 19 mars 2020 (AFP) – Malgré les aides annoncées par le gouvernement, les trous de trésorerie causés par l’épidémie de Covid-19 inquiètent le monde économique: les commerçants demandent à leurs propriétaires d’annuler leurs loyers et des comptes à leurs assureurs qui, eux, entendent préserver leur propre solidité financière.

« L’annulation pure et simple des loyers et des charges »: c’est la demande commune faite mercredi par plusieurs fédérations du secteur français du commerce, alors que la plupart des enseignes ont dû fermer depuis le week-end et pour plusieurs semaines au moins pour éviter la propagation du coronavirus.

Les coûts économiques de la pandémie s’annoncent gigantesques en France, comme d’ailleurs dans le reste du monde, et le pays devrait plonger dans la récession cette année.

Dans ce contexte, le gouvernement prévoit un soutien massif, chiffré à 45 milliards d’euros, et le président de la République, Emmanuel Macron, a déjà promis de « suspendre » les loyers des petites entreprises en difficulté.

Mais il ne s’agit potentiellement que d’un simple report et ce n’est pas suffisant pour les fédérations du secteur qui réclament une annulation totale tant que dureront les fermetures.

« Les bailleurs doivent comprendre que la survie de leurs locataires et des différents points de vente est en jeu », soulignent les fédérations.

Reste qu’en face, les propriétaires restent prudents et n’ont quasiment rien promis.

Certes, le CNCC, la fédération des centres commerciaux recommande à ses adhérents de suspendre les loyers demandés aux commerçants qu’ils accueillent, mais peu d’entre eux ont pris position.

Une exception, la Compagnie de Phalsbourg, qui va annuler les loyers de ses enseignes non alimentaires pendant un mois, est loin d’appartenir aux géants du secteur.

Chez eux, la foncière d’Auchan, Ceetrus, a au moins accepté le principe d’une suspension. Mais d’autres gros acteurs comme Klépierre et Unibail-Rodamco-Westfield(URW) n’ont pas précisé ce qu’elles envisageaient de faire.

« A ce stade, il est trop tôt pour évaluer l’incidence de ces fermetures administratives sur les obligations contractuelles des locataires du groupe », a notamment estimé Klépierre dans un communiqué publié mardi.

– « Juste équilibre » –

Hors du seul secteur du commerce, c’est sur les assureurs que la pression augmente pour demander des conditions d’indemnisation exceptionnelles et bien plus avantageuses.

« Le système assurantiel (…) n’indemnise quasiment pas » les entreprises confrontées à une situation exceptionnelle de ce type, regrette auprès de l’AFP Pierre Goguet, président de CCI France, qui rassemble les chambres de commerces et d’industrie.

« Avec les gilets jaunes, on avait découvert que les pertes d’exploitation pour les commerçants n’étaient couvertes qu’en cas de bris de glace ou de problèmes de détérioration du matériel », poursuit-il. « Les commerces en défaut d’accessibilité, parce que le rond point était bloqué, n’étaient pas couverts. »

Autrement dit, à part pour quelques grands groupes qui peuvent se permettre des contrats d’assurance de ce type, les entreprises ne peuvent espérer un remboursement de leurs pertes liées à la crise du coronavirus, à moins d’un geste des assureurs.

L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), premier syndicat patronal des cafés, hôtels, restaurants et établissements de nuit, a d’ailleurs appelé mercredi les assureurs à « la solidarité collective » face à l’épidémie de coronavirus.

« Les assurances » sont « les grandes absentes du grand mouvement de solidarité qui se met en place partout pour les entreprises et les emplois menacés » par « la crise sanitaire sans précédent que nous traversons », dit l’Umih qui, comme la CPME, demande la reconnaissance par les pouvoirs publics d’un « état de catastrophe sanitaire ».

Cela permettrait de débloquer une indemnisation des compagnies d’assurances.

Ces dernières donnent pour l’heure peu de signes encourageants, la Fédération française de l’assurance (FFA) ne s’étant pas prononcée en ce sens.

« On sera bien entendu attentif (pour) accompagner nos clients », disait la semaine dernière Thierry Martel, patron de l’assureur Groupama.

« Mais dire qu’on couvrira sans réserve toutes les conséquences de décisions administratives, c’est évidemment une voie dans laquelle on ne peut pas s’engager », prévenait-il, promettant un « juste équilibre ».

De fait, un changement massif des conditions d’indemnisation risquerait à son tour de déséquilibrer tout le secteur de l’assurance.

Si les assureurs prenaient en compte les dégâts immatériels dans la perte d’exploitation, « il faudrait multiplier les prix d’assurance dommages par deux ou trois sur l’ensemble de la planète, ce qui n’est pas envisageable », expliquait début mars à l’AFP David Gierski, directeur dommages du courtier international Gras Savoye Willis Towers Watson.

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