Les syndicats de fonctionnaires promettent une rentrée chaude

PARIS, 27 juin 2019 (AFP) – Face au gel de leur pouvoir d’achat, une réforme qu’ils voient comme la destruction du service public et « l’absence de dialogue social », les syndicats de fonctionnaires ont promis jeudi la poursuite de leur mobilisation dès la rentrée.

Environ 300 agents se sont également rassemblés symboliquement devant Bercy jeudi à la mi-journée, sous un soleil de plomb, à l’appel de tous les syndicats, pour exprimer leurs désaccords avec le gouvernement, a-t-on appris de sources syndicales.

« Il n’y a pas de dialogue social possible avec ceux qui représentent le pouvoir. Le projet de loi (sur la transformation de la fonction publique, NDLR) sera adopté mais les sujets de fond sur le pouvoir d’achat et la défense des missions de service public seront toujours là à la rentrée », a déclaré Jean-Marc Canon (CGT), lors d’une conférence de presse commune des neuf organisations syndicales (CGT, CFDT, FO, FSU, Solidaires, Unsa, FA-FP, CFE-CGC, CFTC).

« Le pouvoir montre tous les jours qu’il n’attache aucune importance au dialogue social (…) Nous aspirons à une rentrée sociale exceptionnelle », a-t-il ajouté, en faisant référence à la poursuite de la mobilisation pour défendre les missions et le pouvoir d’achat des 5,5 millions d’agents publics.

« Vu que le dialogue social n’existe pas, on va continuer à se faire entendre », a également prévenu Bernadette Groison (FSU), appelant à mener une « campagne » au sein de la fonction publique mais également avec les usagers et les élus, pour « une bataille de convictions ». « On ne s’interdira rien », a-t-elle ajouté, en appelant les syndicats à « faire preuve d’imagination ».

Pour Mylène Jacquot (CFDT), au-delà du projet de loi dont « l’appréciation générale reste négative » (après amendements), les décisions du gouvernement, « jamais concertées », « passent à côté de tous les objectifs » et vont avoir « un impact négatif sur (le) pouvoir d’achat » qui « va baisser, de fait ».

Interrogés sur la « faiblesse » des dernières mobilisations, Luc Farré (Unsa) a rappelé que les agents « ne sont plus prêts à perdre une journée de salaire pour faire grève » mais « font confiance » à leurs syndicats lorsque ces derniers sont « capables d’unité ».

« Le paradoxe, c’est qu’il n’y a jamais eu autant de mobilisations dans tous les secteurs, finances publiques, pompiers, urgences, écoles… La mobilisation marche quand elle est décidée dans les services », a estimé Christian Grolier (FO), reconnaissant une « plus grande difficulté à mobiliser transversalement ».

« On ne laissera pas passer la rentrée sans mobilisation, de manière unitaire quand ce sera possible », a également prévenu Gaëlle Martinez (Solidaires) tandis que la CFE-CGC a évoqué « un durcissement des actions inexorable ».

Les syndicats ont néanmoins annoncé leur intention de participer, le 2 juillet, au rendez-vous salarial confirmé par le gouvernement mais disent s’y rendre « sans illusions », ni « attentes », après celui « manqué » en 2018.

Le gouvernement a annoncé son intention de maintenir le gel du point d’indice qui sert au calcul de la rémunération des fonctionnaires, constituée d’une part fixe (le « traitement », indexé sur le point d’indice) qui progresse en fonction de l’ancienneté et d’une part variable (indemnités et primes).

Les syndicats réclament des « mesures générales », et notamment la revalorisation de ce point, gelé entre 2010 et 2016 puis de nouveau en 2018 et 2019.

Ils dénoncent également la « non-compensation » de la hausse de la CSG pour les fonctionnaires au-delà de cette année, la réinstauration du « jour de carence » et accusent le gouvernement, à travers son projet de loi, de vouloir aligner la fonction publique sur les règles du privé au détriment du statut de fonctionnaire, de l’impartialité du traitement des usagers et de l’indépendance des agents.

Après l’Assemblée nationale, le Sénat doit achever jeudi l’examen de ce projet de loi.

ls/cg/nm