Les travailleurs sociaux s’insurgent contre la « marchandisation » de leur profession

PARIS, 8 septembre 2016 (AFP) – Près de 300 travailleurs sociaux ont manifesté jeudi à Paris pour protester contre un projet de réforme de leurs formations et diplômes, dénonçant également la « marchandisation » du secteur et son ouverture aux financements privés, a constaté un journaliste de l’AFP.

Les manifestants s’étaient donné rendez-vous devant les bureaux de la Commission professionnelle consultative du travail social, instance placée auprès du ministre chargé des affaires sociales, qui doit statuer sur la réforme.

La réorganisation est rejetée par l’intersyndicale CGT, FSU, Unef, Solidaires qui, avec le collectif Avenir Educ et la commission action travail social de Nuit Debout, notamment, avait appelé au rassemblement, dénonçant des projets visant à « démanteler le travail social ».

Un plan interministériel présenté en octobre 2015, prévoit « moderniser » la formation des travailleurs sociaux.

Des diplômes, actuellement reconnus comme Bac+2, bien que la formation se déroule sur trois ans, seront élevés au niveau licence à compter de 2018.

Les formations, actuellement distinctes pour les 14 métiers du secteur, comprendront désormais un « corpus de connaissances communes », avec ensuite des modules de spécialisation (aide sociale à l’enfance, logement, famille, petite enfance, handicap…).

« La formation va être unifiée, il n’y aura plus de véritable spécialisation, il veulent des travailleurs sociaux multitâches », affirme Stéphanie Fouchard, éducatrice spécialisée à Montrouge qui prédit aussi une « disparition des stages ».

« Ils veulent déqualifier les métiers, remplacer les chefs de service qui leur coûtent cher par des educ’ spe’ dont le salaire resterait identique, on est dans une logique de baisse du coût du travail », s’insurge de son côté Anne Galletti, assistante sociale dans les Bouches-du-Rhône.

Autre grand motif d’inquiétude: les nouveaux « contrats à impact social » lancés au printemps dernier qui permettent de faire financer des programmes sociaux par des investisseurs privés, remboursés par l’Etat uniquement en cas de succès.

« Ils veulent privatiser le social ! Les projets sont désormais évalués sur des critères économiques », dénonce Gabrielle Garrigue, éducatrice spécialisée et membre du collectif avenir educ’.

« Quand on fait entrer le privé à but lucratif dans le social, on n’est plus vraiment dans l’intérêt général », regrette Christine Sorrano, de la CGT organismes sociaux.

A ses côtés, Jessica, assistante sociale à Emmaüs Solidarité, qui est venue manifester avec son bébé, abonde dans son sens: « On ne veut pas travailler avec des gens qui spéculent sur la précarité, la vulnérabilité. »

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