Les travers du management au coeur de deux livres primés

PARIS, 10 février 2016 (AFP) – Deux livres décrivant des pratiques de management pathogènes, qu’elles poussent des salariés à la démission ou entravent leur travail à force de tout quantifier pour accroître leur productivité, ont reçu mercredi la récompense du « Meilleur ouvrage sur le monde du travail ».

« Cette comédie qu’on appelle le travail: retrouver sa dignité au boulot » (Calmann-Lévy) de Corinne Berthaud a été primé dans la catégorie Meilleur ouvrage écrit par un salarié et « Le management désincarné » (La Découverte) de la sociologue Marie-Anne Dujarier dans la catégorie « expert ».

Ce prix, parrainé par le cabinet Alpha (conseil en relations humaines) a été fondé en 2011 par Toit citoyen, un club d’élus de comités d’entreprise ou de délégués syndicaux. Ces derniers décernent le prix catégorie « salarié », un autre jury composé de spécialistes du monde du travail (sociologue, avocat, psychanalyste…) décernant le prix « expert ».

Les ouvrages primés montrent l’importance « de trouver du sens à ce que l’on fait dans l’entreprise », le « besoin de reconnaissance dans le travail, y compris quand il est très formaté », a commenté l’ancien ministre du Travail Jean Auroux, président des deux jurys, en récompensant les deux auteures, lors du Salon des CE à Paris.

Cette nécessité existentielle du travail est mise à rude épreuve par les pratiques de management décrites. Mais Corinne Berthaud, victime à un moment de sa carrière de harcèlement moral, invite à « dépasser les souffrances » pour « aller de l’avant », s’est réjoui M. Auroux.

Sur la base de témoignages d’une cinquantaine de salariés qu’elle a accompagnés et de sa propre enquête, cette ancienne responsable des ventes d’une société cotée au CAC 40, mise sur la touche, a voulu « dénoncer des processus de déstabilisation mis en place dans les grands groupes pour dégraisser à moindre coût en poussant les gens à bout », explique-t-elle à l’AFP.

De son côté, Marie-Anne Dujarier s’emploie à analyser le travail d’une catégorie de cadres relativement méconnus, au rôle pourtant prépondérant: les « planneurs ». Des « experts lointains et invisibles » (consultants, ingénieurs des méthodes, contrôleurs de gestion…) dont la fonction est d’élaborer des plans ordonnant aux autres « ce qu’ils doivent faire, comment et pourquoi ». Un « management par objectifs », « désincarné » qui finit par « joindre l’inutile au désagréable » pour les salariés sommés de s’y plier et les managers de terrain, explique-t-elle.

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