Licencié après avoir appelé des syndicats à diffuser « Merci patron »: un prestataire de Renault devant les prud’hommes

VERSAILLES, 1 juillet 2016 (AFP) – Il avait convié les syndicats d’un site Renault à diffuser le film « Merci patron! » à l’occasion de la première Nuit debout: licencié par son employeur, un sous-traitant a demandé vendredi réparation devant les prud’hommes de Versailles saisis en référé.

Dans un mail envoyé de chez lui le 15 mars aux organisations syndicales du Technocentre Renault de Guyancourt (Yvelines), où il travaillait depuis 11 mois, le trentenaire proposait que « soit organisée (…) la projection du film +Merci Patron !+ » du journaliste François Rufin, qui relate la lutte contre leur ex-employeur d’un couple d’ouvriers licenciés.

Aussitôt alerté par Renault qui reprochait à son sous-traitant d’avoir diffusé à des « salariés » un « message électronique à caractère politique », le PDG d’Eurodecision, son employeur (spécialisé en optimisation des ressources), le convoquait pour un entretien informel.

Il lui indiquait alors qu’il « avait fait une grosse bêtise », que Renault « surveillait les mails de ses syndicats » et qu' »en tant que prestataire extérieur, il ne devait pas s’adresser aux syndicats de Renault », a rappelé son avocate Me Laure Dufresne-Castets à l’audience.

L’ingénieur d’études était donc mis à pied à titre conservatoire et prié de quitter le Technocentre.

Mais, prudent, il avait pris soin d’enregistrer la conversation avec son patron, relate l’avocate, expliquant que sous le coup du stress, il était « incapable de prendre des notes ». « Il s’est alors comporté comme un lanceur d’alerte », a-t-elle estimé: il parle du contenu de l’entretien à Fakir, journal alternatif fondé par François Rufin et pour lequel il est bénévole. Tout en prenant soin de ne citer aucun nom dans l’interview qu’il lui accorde.

Le 21 avril, il est licencié pour faute grave.

Pour son avocate, comme pour les syndicats CGT et SUD qui se sont joints à la procédure comme intervenants volontaires, l’ingénieur aujourd’hui au chômage n’a fait que « dénoncer une infraction pénale: la violation du droit syndical » par le constructeur automobile Renault.

La faute grave étayant le licenciement n’étant « pas caractérisée », le licenciement est donc « nul », selon Me Dufresne-Castets. Et de réclamer 50.000 euros pour son client à titre d’indemnité provisionnelle pour le préjudice subi.

Eurodecision, représenté par Me Charlotte Moreau, a estimé au contraire que la faute grave était caractérisée, l’ex-employé ayant « violé son obligation de loyauté et de bonne foi » vis-à-vis de son employeur en diffusant dans la presse des extraits de leur conversation « informelle » et « pas du tout publique ». Surtout, l’entreprise nie catégoriquement toute « atteinte manifeste à la liberté syndicale », récusant donc le droit de son ancien salarié à une quelconque indemnité provisionnelle.

Interrogée par l’AFP, la CGT-Renault assure cependant qu’il n’y a pas eu d’espionnage des mails des syndicalistes chez Renault. Ce sont des délégués CFE-CGC du Technocentre qui « se sont plaints » auprès de la direction d’avoir été contactés sur leur boîte mail professionnelle par l’ingénieur, affirme la CGT.

La CFE-CGC n’a pu être jointe dans l’immédiat.

Le conseil de prud’hommes doit se prononcer le 26 août.

Sorti le 24 février, « Merci patron! » raconte comment un couple d’anciens ouvriers d’un sous-traitant de Kenzo (marque de LVMH) parvient à soutirer de l’argent au numéro un mondial du luxe. Devenus une référence pour le mouvement de contestation « Nuit Debout », les promoteurs du film revendiquaient fin juin sur la page Facebook qui lui est consacrée plus de 500.000 entrées.

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