L’Igas formule des recommandations pour réussir la digitalisation de la formation professionnelle

PARIS, 22 mai 2017 – Dépasser la logique de financement à l’heure de formation, adapter les modalités de contrôle, mobiliser les acteurs publics et paritaires pour évaluer et soutenir l’innovation numérique, donner aux moins qualifiés et aux formateurs les compétences nécessaires, etc. Voici les principales recommandations de l’Igas pour réussir la digitalisation de la formation professionnelle, rendues publiques le 11 mai.

Pour lever les freins persistants à l’accès aux formations digitales dans le cadre des financements mutualisés, il est nécessaire de dépasser la logique de financement à l’heure de formation. L’essor des formations à distance multimodales (en partie présentiel et à distance) passe par l’élaboration de critère de forfaitisation, en particulier pour les dispositifs reposant sur une prise en charge horaire (CPF, CIF, FSE).

Dans ce cadre, la logique du financement au parcours ou à l’abonnement à une plateforme digitale doit progresser auprès des Opca et Opacif. Le cadre du contrôle de la formation par les organismes paritaires et l’État doit aussi être repensé pour cesser d’être un frein à la digitalisation. Il faudrait en ce sens définir des justificatifs permettant d’attester de l’assiduité des personnes dans le cadre des formations multimodales.

Par ailleurs, il serait nécessaire de lever les obstacles à l’obtention d’une certification à distance, en déterminant notamment comment garantir à la fois l’identité du candidat et les conditions dans lesquelles se déroule l’examen. Le nombre de formations digitales certifiantes est aujourd’hui limité. C’est pourquoi l’Igas envisage la mise en place d’une procédure temporaire accélérée d’inscription des formations digitales au RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles), éventuellement dans des domaines ciblés (métiers émergents et du numérique).

Soutenir et évaluer le développement des formations digitalisées

L’Igas recommande de mettre en place des actions de développement de l’emploi et des compétences (Adec), voire de définir un engagement national (Edec) afin que l’État soutienne la montée en compétences nécessaire au sein des organismes de formation. La transition digitale constitue en effet un défi d’adaptation des compétences pour la grande majorité des formateurs, qui ne maîtrisent pas encore les outils nécessaires. Elle constitue en outre un défi humain (temps consacré, etc.) et financier (location de plateforme de conception ou de diffusion, etc.) qui requiert un accompagnement ciblé de la puissance publique. Les régions et Pôle emploi pourraient notamment soutenir la transformation digitale par des achats de formations multimodales. Toujours pour solvabiliser les projets, l’Igas suggère de lancer avec la BPI (Banque publique d’investissement) un programme de prêts thématiques en faveur de la transition digitale de la formation. Favoriser la digitalisation, c’est aussi stimuler la recherche et le développement (R&D). En ce sens, l’Igas recommande d’intégrer au 3e volet du programme d’investissements d’avenir un appel à projets partenariaux relatifs aux modalités digitales innovantes de formation professionnelle.

En outre, une banque nationale de ressources pédagogiques et techniques gratuites devrait être mise en place afin de diffuser les bonnes pratiques digitales. La digitalisation de la formation ne doit pas échapper à une évaluation. En ce sens, une démarche d’évaluation doit être systématiquement intégrée aux appels à projets et appels d’offres dédiés aux modalités numériques de formation. En outre, des études de cohortes menées dans plusieurs régions en partenariat avec Pôle emploi devraient être menées afin d’évaluer les résultats comparés des formations classiques et des formations multimodales sur ces publics cibles.

Garantir et sécuriser l’accès aux formations digitales

Afin qu’une partie de la population ne soit pas exclue de la digitalisation de la formation, la France doit développer un plan de formation de la population active aux compétences numériques, en particulier à destination des publics peu qualifiés. Dans ce cadre, un nouveau bloc de compétences transversal centré sur le numérique devrait être défini. Son niveau serait supérieur à celui validé par CléA (certification du socle de connaissances et de compétences).

Les Opca, le FPSPP (Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels), Pôle emploi et l’Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) devraient aussi être mobilisés par la Direction générale de l’emploi et de la formation professionnelle (DGEFP) pour soutenir le développement d’une offre digitale adaptée à destination des demandeurs d’emploi et des salariés des PME. Par ailleurs, le développement des formations digitales érode les frontières entre le travail, la formation et l’autoformation. Afin de définir des limites et prévenir les excès, la problématique de la formation à distance devrait être intégrée à la concertation interprofessionnelle en cours sur le télétravail, ainsi que dans le cadre de la négociation annuelle d’entreprise relative au droit à la déconnexion.