L’industrie de la course au large a le vent en poupe

RENNES, 27 octobre 2016 (AFP) – Des carnets de commandes bien remplis, un savoir-faire reconnu internationalement permettant de se diversifier: les entreprises spécialisées dans la course au large, pour la plupart installées en Bretagne, naviguent au portant, un atout pour l’emploi.

Des cabinets d’architecture navale aux équipes de course, en passant par la construction de bateaux, l’accastillage, l’électronique, le gréement, la voilerie… La filière, sur laquelle le Vendée Globe va braquer ses projecteurs, représente environ 150 sociétés en Bretagne, soit quelque 90% des entreprises de ce secteur en France, selon Carole Bourlon, directrice d’Eurolarge Innovation, cluster technologique des entreprises de la course au large.

La filière pèse en Bretagne quelque 1.000 emplois directs, sur les 5.000 dans le nautisme en général dans cette région, selon Mme Bourlon. Des emplois plutôt concentrés dans la +Sailing Valley+, entre Brest (Finistère), Lorient et Vannes (Morbihan), d’où sont sortis ces dragsters océaniques qui, au fil des courses, collectionnent trophées et records.

Pour Gwennina Le Borgne, adjointe à la direction de Pôle Emploi Lorient-Marine, après la crise économique, toutes les entreprises « connaissent un regain d’activité. Pour la plupart des employeurs du secteur, les carnets de commandes sont pleins ». Il y a donc « un vrai potentiel de recrutement », assure-t-elle.

Rien qu’à Lorient, où bat le pouls de la +Sailing Valley+ avec une soixantaine d’entreprises, près de la moitié ont des projets d’embauche dans les deux ans à venir, selon une étude de Lorient Agglomération.

« Mais il faut relativiser, tempère Gwennina Le Borgne: ce sont des petits volumes d’emplois » car la filière est surtout constituée de PME, voire de très petites entreprises.

Ébénistes spécialisés dans l’agencement de voiliers, menuisiers, gréeurs, préparateurs de bateaux de course -un métier qui émerge-, figurent parmi les opportunités.

Mais c’est surtout au niveau des matériaux composites « haute performance », ces matériaux à base de carbone utilisés pour les coques et les mâts des bateaux, que la demande est la plus forte, souligne Fabrice Parat, le directeur de l’Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) d’Auray (Morbihan).

– « Haute couture » –

Pour travailler ces matériaux tout en répondant aux exigences des skippers qui veulent aller toujours plus vite, sans casser, sans mettre leur vie en péril, « il faut une main d’oeuvre hyper qualifiée », explique Isabelle Dubois, responsable de la formation chez Multiplast, qui a fabriqué à Vannes quatre des Imoca engagés dans le Vendée Globe 2016, dont Edmond de Rothschild (Sébastien Josse) et StMichel-Virbac (Jean-Pierre Dick). C’est à ce chantier naval que l’équipe Gitana a aussi confié la construction de son futur maxi trimaran.

« On est des artisans de l’extrême. On fait de la haute couture », renchérit Yann Dollo, le directeur général de CDK Technologies, un concurrent de Multiplast, qui a réalisé 7 bateaux engagés dans le Vendée Globe et qui construit Banque Populaire IX, trimaran d’une trentaine de mètres d’Armel Le Cléac’h.

Pour répondre à ce besoin de main d’oeuvre extrêmement qualifiée, Multiplast, entreprise de 120 personnes, a créé son propre centre de formation. Et des formations spécifiques ont aussi été lancées, tant par Multiplast que par CDK, avec l’AFPA et Pôle Emploi.

Cette maîtrise des matériaux composites, reconnue au niveau international, ouvre de nouveaux marchés dans les pièces industrielles, la construction navale et militaire, les hydroliennes et les éoliennes.

Et même dans l’astronomie pour Lorima, fournisseur officiel des mâts pour les Imoca du Vendée Globe, qui va construire un bras support de caméra pour le CNRS. L’entreprise est passée de 17 CDI en 2009 à 29 aujourd’hui.

Quant à Multiplast, ses objectifs sont ambitieux. L’entreprise (Groupe Carboman), qui a déjà réalisé des radômes pour Thalès mais aussi des dômes en composite pour la nouvelle église orthodoxe à Paris, a obtenu la certification qui lui permet de viser le marché de l’aéronautique. « Aujourd’hui, nous sommes 180 dans le groupe, dit Isabelle Dubois. En 2020, nous visons 500 personnes. C’est le seuil pour commencer à être visible au milieu de la concurrence qui s’internationalise ».

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